Tous les articles
Culture & histoire 24 mai 2021 · par Bernard Dossa

Origine des Houéda et rapport avec le python

Les Houéda sont des Yoruba d’origine Nago. On les appelle Houéda en fon ou Asia en yoruba, compte tenu du caractère sacré et de la fonction précieuse de leur ethnie dans l’aire cultuelle et culturelle Adja-Tado, Ké, Hun et Öyö.

Origine des Houéda et sens du mot

Le terme Houéda vient de Houé (maison) et Da (cheveux) : littéralement « dignité cultuelle d’une maison », ou plus familièrement « coiffure d’une maison », emblème de la prospérité. C’est la transcription du mot yoruba Asia ou Sia — « drapeau ». Mais de quel drapeau s’agit-il ?

Entre le XIIIe et le XIVe siècle, les Houéda (Sia) se distinguaient dans la communauté yoruba par les alliances cultuelles infaillibles qu’ils entretenaient avec leur ancêtre légendaire : le Python, aussi appelé Dan ou Dangbé. Houéda est donc le drapeau de Dan : de forme rectangulaire, sans motif ni dessin, de couleur blanche. Chaque communauté d’adeptes porte le drapeau de sa divinité.

Montée du drapeau Shango à Djigbé
Drapeau de Shango, chez les Djigbénou — chaque communauté arbore l’emblème de sa divinité tutélaire.

De ce principe découle un interdit ethnique : aucune descendance Houéda ne doit porter atteinte à la vie des serpents, et à l’inverse aucun serpent ne doit mordre la descendance Houéda. Les carnets de voyageurs européens ont déformé le nom en Juda (portugais), Ouidah (français), Whydah (anglais), Whidaw (néerlandais).

Fresque du mausolée AKHÖ
Alliance ancestrale avec Dan — fresque murale du mausolée AKHÖ.

Sens, contenu et fonction du signe racial des Houéda

Le sens de toute scarification raciale est identitaire, thérapeutique et intime pour chaque communauté de l’aire Adja-Tado, Ké, Hun et Öyö. On distingue trois grands types :

Scarifications cultuelles, ataviques et purement raciales

Légèrement imprimées sur le visage des enfants de 3 à 5 ans, en guise de vaccination contre des maladies héréditaires, elles sont dites cultuelles en raison des clauses de fidélité liant le découvreur du vaccin à son génie tutélaire. Encore plus anciennes, les scarifications raciales se pratiquent devant les mausolées ethniques, imprimant un ou plusieurs signes légendaires de l’ethnie (Aguë, Hwë, Hou, Obo, Ibo).

Procession et tradition Houéda

Scarifications endogènes et cultuelles

Elles relient une divinité à une ethnie, un clan ou une collectivité, distinguant les adeptes de l’une des seize divinités maîtresses de l’aire (Lêgba, Xêfiosso, Odoudoua, Sakpata, Ogou, Dan, Kinninssi, Yalodé, Yémanja, Obo, Azon, Ohwin, Ofo, Abikou, Ahoho, Toxossou). À double vertu protectrice — sociale/morale et sanitaire —, leurs porteurs étaient souvent des militaires : hommes, femmes et enfants dotés d’un pouvoir d’auto-défense, au service des rois pour protéger les limites du royaume.

Scarifications cultuelles et princières

Réservées aux princes et princesses, elles distinguent la descendance royale des autres clans afin de limiter les mariages consanguins et les crises inter-royales. Elles sont dites cultuelles pour leur lien aux cultes des morts célébrés lors de leur impression sur le visage d’un prince nouveau-né.

Scarifications ancestrales Houéda, Ouidah
Procession Houéda — scarifications ancestrales liées au culte de Dan, le python, à Ouidah.

La particularité de la scarification Houéda

Chez les Houéda — qu’on appelle aussi les Dangbéklounon —, la scarification protège contre les esprits vampiriques, les maladies héréditaires et l’attaque des reptiles. Vivant de la chasse, de l’agriculture et surtout de la médecine traditionnelle, les Houéda étaient l’une des communautés les plus peuplées du sud-ouest de l’aire AKHÖ entre le XIIIe et le XIVe siècle. Leur scarification est de type 2 × 5 — dix segments verticaux répartis deux à deux sur le front, les joues et le menton, plus un 1 × 1 près de l’oreille.

L’ethnie Houéda fut l’une des plus dévastées par l’esclavage transatlantique à partir du XVIe siècle. Les missionnaires catholiques bâtirent parfois leurs édifices juste en face de ses mausolées, à Houéda (Ouidah), à Hongbonou (Porto-Novo) et dans d’autres villes de l’ex-Obadanxomey, devenu le Bénin. Avec la déportation de centaines de milliers d’Africains vers les Antilles et les Amériques, certaines coutumes ont pu reprendre un temps, même sous le joug de l’esclavage — comme le suggère le compte-rendu de l’abbé Goux, curé du Carbet (Martinique), évoquant la coutume du drapeau de divinités africaines dans les années 1820-1840 :

« Chaque tribu africaine avait son pavillon que portait la reine du Bal ; chacune avait sa danse particulière qui semblait n’avoir pas d’ordre, qui cependant était régulière en son genre… »

Publicité