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Tradition 6 mai 2021 · par Bernard Dossa

Rites de naissance au Bénin : l’initiation à l’agriculture

Quelle place l’agriculture occupe-t-elle dans la tradition africaine ? Une place essentielle — car elle est étroitement liée aux cultes. Et dès la naissance, l’enfant y est initié.

Rites de naissance au Bénin : une agriculture liée aux cultes

Dans la région « AKHÖ » (Adja-Tado, Ké, Hun et Öyö) — à cheval sur le Nigéria, le Bénin, le Togo et une infime partie du Ghana —, les cultes endogènes sont pratiqués depuis des siècles pour assurer la longévité des humains et de la nature. Parmi ces cultes fondamentaux figurent l’inscription de tout nouveau-né au cercle de sa famille d’accueil et les rites d’initiation destinés à placer l’enfant sous les meilleurs auspices pour ses futures performances agricoles.

Garants et dépositaires de ce rituel, les reines-mères et les patriarches de la branche paternelle le perpétuent pour faciliter l’existence du nourrisson dans son nouveau monde. Tout nouveau-né étant considéré comme le descendant d’un ou plusieurs ancêtres fondateurs, la tradition prescrit des soins obligatoires administrés par les membres les plus âgés de la famille paternelle.

Tradition familiale et initiation
Le conseil familial — reines-mères et patriarches — veille à l’inscription du nouveau-né et à son initiation.

Déroulement du rituel d’initiation

À compter de l’accouchement, la mère observe des principes régissant le rapport entre les ancêtres de sa belle-famille et son enfant — pour des raisons d’ordre sanitaire. La durée varie selon le sexe : sept jours pour les filles, neuf pour les garçons. Durant cette période, la mère ne mange ni aliment salé ni pimenté, et ne doit pas être vue à l’extérieur — notamment par des personnes avec qui un conflit serait resté non résolu pendant la grossesse.

Il lui est aussi défendu d’observer le ciel le soir durant l’isolement : elle pourrait croiser la sortie d’une nouvelle lune, réputée porteuse de malédiction pour le bébé comme pour les femmes en couche ou en menstruation, en raison de l’affaiblissement de ses pouvoirs protecteurs face à une force maléfique.

Palmiers à huile
Communauté

La fin de l’isolement est marquée par des coutumes célébrées dans l’intimité ancestrale : les premiers mets sont offerts à l’enfant, et se célèbre le culte d’initiation à l’agriculture, par des rites et offrandes adressés aux divinités agronomes — Sakpata, Xêfiosso et autres. Sous l’inspection du conseil familial, la mère doit alors labourer le champ et semer des graines de maïs et de haricot, avant de rentrer avec des fagots de bois et des racines à préparer en tisane pour son bien-être et celui du nouveau-né.

Les rites d’inscription forment un système de prévention endogène contre les maladies héréditaires ; les cultes d’initiation à l’agriculture, eux, facilitent l’alliance entre les divinités de production agricole et le nouveau-né, au profit d’un rendement croissant tout au long de sa vie agronomique.

Une mémoire transplantée aux Antilles

L’exemple de la région AKHÖ éclaire l’origine des remarquables capacités agronomiques des natifs d’Afrique : l’agriculture, constitutive du culte endogène, est un mécanisme sociétal encore partagé par des milliers d’habitants. Ces aptitudes à labourer, défricher et cultiver sous un climat chaud ne furent-elles pas, aussi, l’une des motivations esclavagistes portées sur les captifs du Dahomey, sur la « côte des esclaves » ? Inculquées dès la plus tendre enfance, ces règles vitales ont guidé les Africains déportés aux Antilles et dans les Amériques, jetant les bases de nouvelles sociétés tournées vers l’agriculture.

Cultures et eau

Remerciements aux contributeurs : Yinjla Fassinou, Mathieu Djivoessoun, Agbannon Dossa, et à nos amis des grandes et petites Antilles, partenaires de longue date.

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