À la fin du XIXe siècle, la rivalité entre le roi Toffa de Porto-Novo et le roi Béhanzin d’Abomey se lit à la croisée des routes négrières, des villes comptoirs et des jeux d’alliances européens.
Des villes comptoirs au cœur de la traite
Sur la côte du golfe du Bénin, des villes comptoirs — Porto-Novo, Ouidah, Agoué, Grand-Popo — concentrent le commerce atlantique. Points de contact entre royaumes de l’intérieur et négriers européens, elles deviennent des nœuds économiques et politiques où se nouent et se défont les alliances. La communauté Agouda — descendants d’anciens esclaves revenus du Brésil et marchands afro-brésiliens — y joue un rôle d’intermédiaire culturel et commercial déterminant.

La guerre Toffa-Béhanzin : Porto-Novo contre Abomey
Le roi Toffa de Porto-Novo et le roi Béhanzin du Danxomè (Abomey) incarnent deux stratégies opposées face à la pression coloniale. Porto-Novo cherche dans l’alliance européenne une protection contre l’hégémonie d’Abomey ; le Danxomè, lui, défend son indépendance et son contrôle des routes commerciales. Cette rivalité, ancrée dans la longue histoire des rapports entre les deux royaumes, se cristallise dans une coalition que les sources désignent comme « Porto-Belge ».


Croiser l’écrit et l’oral
L’enjeu méthodologique de cet article est de croiser l’historiographie écrite — récits coloniaux, correspondances, plans des comptoirs — et les traditions orales conservées dans les villes comptoirs (XVIe–XIXe siècles). Les deux corpus, longtemps tenus séparés, se complètent : là où les archives européennes consignent les traités et les opérations militaires, la mémoire orale restitue les motivations, les alliances de lignage et les ressentis des acteurs locaux.
Cette double lecture éclaire un épisode souvent réduit à ses dimensions militaires : la guerre Toffa-Béhanzin est aussi une histoire de routes commerciales, de communautés de retour (Agouda) et de mémoires concurrentes que les villes comptoirs ont conservées jusqu’à aujourd’hui.