Abolition de 1848 en Martinique : une citoyenneté sans mémoire ?
Note liminaire — Les notions de « désindexation maîtrale », « rupture de traçabilité » et « spoliation généalogique » sont employées dans cet article comme outils analytiques permettant de décrire des mécanismes documentaires précis. Elles ne préjugent d’aucune intention et sont proposées afin de combler un vide terminologique dans l’historiographie disponible.
Introduction — Une liberté sans passé ?
En 1848, l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, notamment en Martinique, marque un tournant majeur. Le décret du 27 avril libère officiellement plus de 67 000 personnes dans la seule île — soit environ 60 % de la population — et leur confère le statut de citoyens à part entière. Cette transformation s’incarne notamment dans les actes d’individualité, prescrits par l’instruction ministérielle du 8 mai 18481, par lesquels les anciens esclavisés reçoivent un nom de famille et entrent officiellement dans l’état civil français.
L’analyse de ces sources invite cependant à dépasser une lecture strictement juridique de l’événement. Elle conduit à interroger les modalités concrètes de cette transition — en particulier du point de vue des systèmes d’identification administrative et de leur continuité. Car derrière la reconnaissance juridique proclamée, une rupture documentaire s’est opérée au moment même de l’émancipation.
L’objectif du présent article est d’examiner, dans une perspective documentaire et comparative, les effets produits par le passage des registres matricules aux actes d’individualité. Cette approche met en évidence ce que l’on proposera d’appeler une désindexation maîtrale, dont les conséquences sur plusieurs générations de descendants peuvent être analysées en termes de spoliation généalogique.
Il convient cependant de préciser d’emblée ce que cet article entend par « mémoire ». La rupture documentaire que l’on va décrire est réelle et durable — mais elle ne signifie pas que les Nouveaux Libres aient été dépourvus de toute mémoire. L’historienne Myriam Cottias a mis en évidence l’existence d’une « citoyenneté subjective », élaborée dans le long temps historique bien avant le décret de 1848 : une forme d’appartenance et de conscience collective construite au quotidien dans la confrontation avec le maître, mais puisée aussi dans des mémoires plus anciennes, héritées des sociétés d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale dont étaient issus les esclavisés — qu’ils soient nés en Afrique ou créoles d’ascendance africaine2.
Cette mémoire vivante, orale, ancrée dans les pratiques, les traditions et les savoirs transmis de génération en génération, a survécu là où les archives ont fait défaut. C’est précisément l’articulation entre cette mémoire subjective et la documentation coloniale que l’ouvrage Une lecture du registre matricule des esclaves par la tradition ancestrale africaine explore : non pas deux mémoires opposées, mais deux approches complémentaires d’une même histoire. Le présent article se concentre sur la dimension documentaire et archivistique de cette rupture — la seule qui soit mesurable par les sources — sans prétendre que le silence des archives épuise la réalité de ce que les Nouveaux Libres ont su, transmis et préservé.
I. Avant 1848 : une identification précise, mais fondée sur la propriété
Dès 1833, et à compter de l’ordonnance du 11 juin 1839, l’administration coloniale dote la Martinique d’un double dispositif d’enregistrement des personnes esclavisées3 : des registres d’état civil spécifiques (naissances, mariages et décès des esclaves) ; et les registres matricules, tenus par les maires d’après les feuilles de dénombrement et mis à jour au fur et à mesure des ventes, naissances et décès.
Ces registres matricules associaient chaque personne esclavisée à un numéro d’ordre, à un maître nominativement identifié, et à une habitation précise. Fondé sur une logique de propriété — les esclaves étant juridiquement des biens —, ce système produisait néanmoins une traçabilité fine des individus : il permettait de relier un nom ou un prénom, une famille, une habitation, à un contexte micro-local précis. C’est exactement cette granularité documentaire — pour reprendre un terme des humanités numériques — que l’abolition n’a pas préservée.
II. 1848 : nommer sans relier — la désindexation maîtrale
Avec l’abolition, les actes d’individualité attribuent un nom de famille aux anciens esclavisés. Ces actes mentionnent le numéro matricule de l’individu4, mais ils n’indiquent pas le nom du maître, pourtant disponible dans les registres matricules au moment de leur rédaction. Le changement de système s’accompagne d’une non-reprise volontaire d’un référent central.
Il ne s’agit pas d’un effacement a posteriori : le nom du maître n’a jamais été couché par écrit dans les actes d’individualité. C’est cette nuance qui fonde le concept de désindexation maîtrale :
Processus par lequel l’identification des individus cesse d’être reliée au maître — pourtant présent dans les registres matricules — au moment du passage aux actes d’individualité, produisant une discontinuité documentaire sans effacement physique des individus.
Cette désindexation entraîne plusieurs effets cumulatifs : une discontinuité dans la chaîne d’identification ; une rupture de traçabilité entre identité antérieure et identité nouvellement attribuée ; un désancrage identificatoire des individus par rapport à leur habitation et à leur contexte micro-local.

III. Une rupture aggravée : la disparition des registres matricules
À cette non-reprise s’ajoute un fait déterminant : les registres matricules n’ont pas été conservés dans les collections communales4. L’ensemble des registres déposés au greffe de Saint-Pierre a, de surcroît, été détruit lors de l’éruption de la montagne Pelée en 1902. Seuls subsistent des registres d’esclaves pour quelques communes du nord de l’île — le Lorrain, Basse-Pointe, Macouba, le Robert, le Prêcheur, le Carbet, Case-Pilote, le Gros-Morne —, désormais précieux par leur caractère unique.
La combinaison de la désindexation maîtrale et de la disparition des registres matricules produit une rupture de traçabilité des Nouveaux Libres : la chaîne documentaire permettant de relier un individu identifié par son acte d’individualité à son ancienne habitation, à son maître et à son contexte de vie est structurellement interrompue.
IV. Une rupture transcoloniale aux formes variables
Le mécanisme décrit pour la Martinique n’est pas une exception locale : la même ordonnance de 1839 a institué les registres matricules dans l’ensemble des colonies françaises, et la même instruction de Schoelcher du 8 mai 1848 a organisé partout la nomination des Nouveaux Libres selon un modèle uniforme. Le nom du maître est absent de tous les registres de nouveaux libres, quelle que soit la colonie. En ce sens, la désindexation maîtrale est un phénomène transcolonial dans son principe.
Le cas guadeloupéen introduit cependant une nuance documentaire significative : les registres des nouveaux libres devaient y mentionner, outre le numéro de matricule et le patronyme attribué, l’habitation sur laquelle l’individu résidait avant l’abolition. Le chercheur qui accède à ces sources dispose donc d’un ancrage spatial que son homologue martiniquais ne trouvera pas dans les actes d’individualité. Pour autant, le nom du maître reste absent, et les registres matricules guadeloupéens semblent eux aussi n’avoir pas été conservés — rendant identique l’impossibilité de reconstituer le lien maître-esclave par la seule voie des sources de 1848. À cette lacune s’ajoute, pour la Guadeloupe, la destruction par incendie en 1918 du Palais de justice de Basse-Terre, qui a emporté la quasi-totalité des registres de nouveaux libres de la Côte-sous-le-vent.
Pour les autres territoires concernés par l’abolition de 1848 — Guyane, La Réunion, Saint-Martin et les petites îles — la même instruction de base s’est appliquée, mais les situations archivistiques, les niveaux de conservation et les travaux de reconstruction disponibles diffèrent sensiblement. Ces cas mériteraient des études spécifiques comparables à celle conduite ici pour la Martinique. Le présent article se concentre donc sur le corpus martiniquais, dont la méthode de reconstruction exposée en section X est directement issue.

V. Une inégalité structurelle durable : la spoliation généalogique
Cette configuration documentaire ne constitue pas seulement une difficulté d’ordre archivistique. Elle engendre une inégalité structurelle dans l’accès à l’histoire familiale, que l’on peut analyser en termes de spoliation généalogique :
Privation durable d’accès aux filiations, aux trajectoires individuelles et aux contextes micro-locaux, résultant d’une rupture de continuité documentaire opérée lors du passage des registres matricules aux actes d’individualité en 1848.
Pour la première génération des Nouveaux Libres, la rupture documentaire demeure en réalité peu contraignante : ces hommes et ces femmes savent parfaitement d’où ils viennent, sur quelle habitation ils ont vécu, qui était leur maître. Les recherches menées sur le Carbet et ses quartiers du Morne-Vert et du Fonds-Saint-Denis montrent, par ailleurs, que la grande majorité de ces Nouveaux Libres est restée sur place, ou à proximité immédiate de leur ancienne habitation5. La mobilité post-émancipation, parfois supposée massive, apparaît dans ce corpus comme l’exception plutôt que la règle.
C’est pour leurs descendants, génération après génération, que la rupture devient un obstacle majeur. Sans les registres matricules — et sans mention du maître dans les actes d’individualité —, la quasi-totalité des chercheurs et des généalogistes, amateurs ou chevronnés, se trouvent dans l’incapacité de franchir le mur de 1848 pour accéder à l’habitation, au maître et au contexte micro-local dans lequel leurs ancêtres ont vécu.
Cette situation constitue une inégalité documentaire sans équivalent pour les autres citoyens français. On peut à ce titre parler d’un déshéritage généalogique, ou d’une privation généalogique structurelle : quelque chose qui aurait dû être transmis ne l’a pas été — non par accident, mais par un changement de système d’identification dont les effets se prolongent jusqu’à aujourd’hui.
Cent soixante-dix-huit ans après l’abolition, cette double perte produit ses effets les plus concrets. La mémoire orale, que les Nouveaux Libres portaient encore pleinement en 1848, s’est naturellement amenuisée au fil des générations : les bribes qui subsistent chez leurs descendants ne permettent généralement plus de reconstituer les filiations, les habitations ou les contextes de vie. C’est précisément là que les archives écrites auraient pu prendre le relais — et c’est précisément là que les choix documentaires de 1848 font aujourd’hui barrage. Les deux mémoires s’effacent ensemble : l’une par le temps, l’autre par décision administrative. Pour le descendant d’un Nouveau Libre qui cherche ses origines aujourd’hui, le résultat est le même : une impasse.
VI. Une citoyenneté à deux vitesses
Nelly Schmidt, historienne de référence sur l’abolition de 1848 aux Caraïbes, a mis en évidence qu’un « modèle républicain fut, en 1848, spécifiquement mis au point pour les colonies » et que celui-ci s’est traduit « par la mise en œuvre d’une politique d’oubli du passé dont les effets furent particulièrement efficaces »6. Cette formulation, issue d’une lecture politique et sociale de l’événement, prend une dimension supplémentaire lorsqu’on l’examine du point de vue des mécanismes documentaires.
Jean-Pierre Sainton a montré comment les modalités du passage à la citoyenneté ont été pensées, dans un contexte de tension sociale, dans le sens d’une intégration formelle plutôt que d’une reconnaissance substantielle7. L’abolition de 1848 produit ainsi une situation paradoxale : une égalité juridique proclamée, mais une inégalité dans l’accès à la mémoire. Les Nouveaux Libres deviennent citoyens, mais sans continuité documentaire pleinement accessible ; les anciens maîtres conservent, eux, leurs repères sociaux, économiques et familiaux.

VII. Le précédent de Saint-Domingue : mémoire des biens, silence des personnes
La comparaison avec l’ancienne colonie de Saint-Domingue, devenue Haïti, est particulièrement éclairante. En 1825, Charles X impose au jeune État haïtien une indemnité de 150 millions de francs-or en échange de la reconnaissance de son indépendance — indemnité destinée à dédommager les anciens colons de leurs pertes8. Cette somme est calculée sur la base d’une connaissance extrêmement précise des biens coloniaux : valeur des plantations, du cheptel, du bâti — et valeur des esclaves eux-mêmes, estimés tête par tête selon une grille établie par une commission royale.
Puis, une année après l’abolition de 1848, la loi du 30 avril 1849 accorde une indemnité aux anciens propriétaires d’esclaves des colonies françaises : 126 millions de francs-or, calculés sur la valeur précise des personnes esclavisées possédées par chaque propriétaire9.
Ces deux mesures révèlent une caractéristique fondamentale des politiques françaises en la matière : là où il s’agissait de protéger les intérêts des anciens maîtres, la mémoire économique était conservée avec une précision minutieuse. Là où il s’agissait de reconnaître les personnes esclavisées dans leur individualité historique, cette même précision était absente. On n’oubliait pas les biens ; on n’enregistrait pas les parcours.
VIII. La crainte d’Haïti comme matrice de la politique de 1848
L’influence de la révolution haïtienne sur les politiques coloniales françaises du XIXe siècle est bien établie dans l’historiographie10. Nelly Schmidt a mis en évidence que les instructions aux gouverneurs témoignent d’une perpétuelle adaptation des mesures de contrôle à la crainte des « soulèvements d’esclaves et des interventions d’agents haïtiens ». Schoelcher lui-même, dans la minute du décret d’abolition, précisait que « si des mesures effectives ne suivaient pas de très près la proclamation déjà faite du principe de l’abolition, il en pourrait résulter dans les colonies les plus déplorables désordres ».
Chez les maîtres comme dans les hautes sphères de l’administration, Haïti représentait une référence obsédante : certains colonialistes redoutaient ouvertement de voir « la Martinique devenir une seconde Haïti ». Cette crainte structurelle a influencé la manière dont la sortie de l’esclavage a été organisée — y compris, peut-on supposer, dans ses aspects documentaires.
Des auteurs tels que Laurent Dubois, Michel-Rolph Trouillot et Frédéric Régent ont analysé ces mécanismes dans leur dimension politique et symbolique11. En revanche, leurs implications sur les modalités concrètes d’identification administrative des Nouveaux Libres — c’est-à-dire le passage des registres matricules aux actes d’individualité — n’ont pas, à ce jour, fait l’objet d’une analyse spécifique. C’est cette lacune que le présent article cherche à signaler.
IX. Une archivistique du pouvoir : les silences qui parlent
Ann Laura Stoler, dans ses travaux sur les archives coloniales, a montré comment celles-ci constituent des instruments de pouvoir, dont la production, la sélection et la conservation obéissent à des logiques propres12. Michel-Rolph Trouillot a quant à lui conceptualisé la production du silence dans les archives comme un processus actif, indissociable des rapports sociaux qui présidaient à leur constitution.
Dans le cas martiniquais de 1848, le silence n’est pas une absence fortuite : c’est le résultat d’un changement de système d’identification qui s’est opéré au moment précis où il aurait été documentairement cohérent de maintenir la continuité. Les registres matricules existaient. L’information sur les maîtres était disponible. Elle n’a pas été reprise.
La notion de rupture d’échelle historiographique — développée par Jacques Revel dans le cadre de la micro-histoire13 — s’applique ici avec précision : passer du registre individuel au registre général fait perdre exactement ce que le local révèle. C’est l’une des raisons pour lesquelles la microhistoire constitue la réponse méthodologique la plus appropriée à ce type d’enquête.
X. Vers une réparation documentaire : une méthode et un chantier collectif
Face à cette spoliation généalogique, une question s’impose : la rupture de 1848 est-elle irréversible ? Les recherches menées sur la commune du Carbet et ses deux quartiers — le Morne-Vert et le Fonds-Saint-Denis — démontrent que non.
L’ouvrage co-écrit Une lecture du registre matricule des esclaves par la tradition ancestrale africaine14 expose une méthode de reconstruction par croisement systématique d’archives : actes d’individualité, actes de l’état civil des esclaves (BMS), actes notariés, actes d’affranchissement, et toute source nominative disponible. En croisant ces données selon les critères communs aux différents registres — prénom, âge, prénom de la mère, numéros de matricule adjacents, identité du propriétaire —, il est possible de reconstituer les informations du registre matricule disparu.
Résultat concret : un tableau de 4 000 lignes reliant les Nouveaux Libres du Carbet, du Morne-Vert et du Fonds-Saint-Denis à leurs anciennes habitations. Cette reconstruction valide la méthode et en démontre la portée. Elle invalide aussi une idée reçue : la grande majorité de ces Nouveaux Libres est restée exactement à l’endroit où elle vivait avant l’abolition. La mobilité post-émancipation, parfois supposée massive, apparaît dans ce corpus comme l’exception.
Cette méthode est longue et exigeante — elle suppose d’indexer exhaustivement toutes les archives disponibles, sans exception. Mais elle fonctionne. Et son application pourrait, progressivement, être étendue à d’autres communes de la Martinique.
C’est dans cette perspective qu’une opération d’indexation collective a été lancée il y a quelques mois15. En trois mois à peine, des volontaires déjà à l’œuvre ont accompli la saisie de près de 10 000 lignes des registres de notaires de la Martinique. Ce travail constitue le socle d’une reconstruction progressive des continuités documentaires brisées en 1848 — et une invitation à rejoindre ce chantier.
Conclusion — Une mémoire à reconstruire, une inégalité à nommer
L’abolition de 1848 ne se réduit pas à un changement de statut juridique : elle s’accompagne d’une transformation profonde des systèmes d’identification administrative, dont les effets sont durables et structurels. L’étude conjointe des registres matricules et des actes d’individualité met en évidence une discontinuité documentaire caractérisée par la non-reprise d’informations pourtant disponibles — le nom du maître, l’habitation — au moment du passage à la citoyenneté.
Cette configuration produit ce que l’on a proposé d’appeler une désindexation maîtrale, dont les effets cumulés — aggravés par la disparition des registres matricules — constituent une spoliation généalogique durable : une privation structurelle d’accès à la mémoire familiale, sans équivalent pour les autres citoyens français.
La mise en perspective comparative avec le cas haïtien révèle une asymétrie fondamentale : là où les intérêts économiques des anciens maîtres ont été précisément documentés et financièrement protégés — en 1825 comme en 1849 —, l’histoire individuelle des personnes esclavisées s’est trouvée dépourvue de continuité documentaire au moment précis de leur accès à la citoyenneté. Il est légitime de lire dans cette asymétrie l’empreinte de logiques administratives pensées, au moins partiellement, à la lumière du précédent haïtien.
Ces phénomènes peuvent être analysés sans préjuger d’intentions, mais en constatant leurs conséquences : une citoyenneté à deux vitesses — égale dans le droit, inégale dans l’accès à la mémoire.
La bonne nouvelle est que cette rupture n’est pas irréparable. La méthode de reconstruction par croisement d’archives — appliquée avec succès au Carbet et à ses quartiers — ouvre une voie concrète. Elle est exigeante, mais praticable. Et le chantier d’indexation collective en cours montre que, réunis, chercheurs, généalogistes et volontaires peuvent progressivement restituer ce que 1848 n’a pas su préserver.
Contribuer à cette reconstruction, c’est réparer, autant que les archives le permettent, les effets d’une désindexation maîtrale qui a privé des générations entières d’un accès équitable à leur propre passé.

Notes de bas de page
- Instruction ministérielle du 8 mai 1848, rédigée par Victor Schoelcher, prescrivant aux officiers d’état civil de consigner « les indications destinées à constater l’individualité de chaque Noir ». Voir Anchoukaj.org (CM98) et BNPM. ↑
- Myriam Cottias, « Élaborer une citoyenneté subjective », in Myriam Cottias et Hebe Mattos (dir.), Esclavage et subjectivités dans l’Atlantique luso-brésilien et français (XVIIe-XXe siècles), Marseille, OpenEdition Press, 2016. En ligne : books.openedition.org/oep/1498. ↑
- Loi du 24 avril 1833 et ordonnances du 4 août 1833 et du 11 juin 1839. Ce double dispositif est présenté dans les Archives Territoriales de Martinique / Banque Numérique des Patrimoines Martiniquais (BNPM) : patrimoines-martinique.org. ↑
- BNPM : « Ces registres [d’individualité] remplaçaient les registres-matricules auxquels ils se référaient en mentionnant l’ancien numéro affecté à l’esclave. » Les registres-matricules eux-mêmes n’ont pas été conservés dans les collections communales ; ceux déposés au greffe de Saint-Pierre ont disparu dans la catastrophe de 1902. ↑ ↑
- Sur l’ancrage spatial des populations affranchies, voir Frédéric Régent, La France et ses esclaves. De la colonisation aux abolitions (1620-1848), Paris, Grasset, 2007. ↑
- Nelly Schmidt, « La République à l’épreuve des peurs. 1848 : Liberté et peurs sociales aux Caraïbes », in 1848. Actes du colloque international, Presses universitaires de Rennes : « Un modèle républicain fut, en 1848, spécifiquement mis au point pour les colonies […]. Il se traduisit par un ensemble de décrets organiques accompagnant celui de l’abolition et par la mise en œuvre d’une politique d’oubli du passé dont les effets furent particulièrement efficaces. » ↑
- Jean-Pierre Sainton, « De l’état d’esclave à l’état de citoyen : modalités du passage de l’esclavage à la citoyenneté aux Antilles françaises sous la Seconde République (1848-1850) », Outre-Mers. Revue d’histoire, t. 90, nos 338-339, 2003, p. 117-156. ↑
- Ordonnance royale du 17 avril 1825, Charles X. Sur le calcul de l’indemnité, voir Frédérique Beauvois, « L’indemnité de Saint-Domingue : dette d’indépendance ou rançon de l’esclavage ? », French Colonial History, vol. 10, 2009, p. 109-124. La commission royale constituée le 1er septembre 1825 établit une grille d’indemnisation par tête d’esclave, distinguant le monde agricole du monde urbain. ↑
- Loi du 30 avril 1849 et décret du 24 novembre 1849. Sur la base de données CNRS/Repairs : esclavage-indemnites.fr. La somme de 126 millions de francs-or représentait une part importante des dépenses publiques françaises de l’époque. ↑
- Nelly Schmidt, ibid. : Schoelcher précisait en marge du décret que « si des mesures effectives ne suivaient pas de très près la proclamation déjà faite du principe de l’abolition, il en pourrait résulter dans les colonies les plus déplorables désordres ». Il se faisait ainsi l’écho de la crainte exercée par les événements de Saint-Domingue/Haïti. Voir aussi esclavage-indemnites.fr : « la menace d’une révolte inspirée par l’exemple haïtien pousse les législateurs à adopter [la] mesure d’indemnisation ». ↑
- Laurent Dubois, Avengers of the New World. The Story of the Haitian Revolution, Cambridge (MA), Harvard University Press, 2004 ; Michel-Rolph Trouillot, Silencing the Past. Power and the Production of History, Boston, Beacon Press, 1995 ; Nelly Schmidt, Abolitionnistes de l’esclavage et réformateurs des colonies (1820-1851), Paris, Karthala, 2000. ↑
- Ann Laura Stoler, Along the Archival Grain. Epistemic Anxieties and Colonial Common Sense, Princeton, Princeton University Press, 2009 ; Michel-Rolph Trouillot, op. cit. ↑
- Jacques Revel (dir.), Jeux d’échelles. La micro-analyse à l’expérience, Paris, Gallimard/Le Seuil, 1996. ↑
- Corcessin, Yannick / Dossa, Bernard. Une lecture du registre matricule des esclaves par la tradition ancestrale africaine. Le Carbet, Le Morne-Vert, Le Fonds Saint-Denis, Martinique, 2019. Méthodologie présentée sur : symbole-amitie.com. ↑
- Opération d’indexation des archives notariales de la Martinique lancée il y a trois mois. Premières données accessibles sur symbole-amitie.com. Cette démarche s’inscrit dans la continuité des travaux du CM98, qui depuis 2006 a permis à des milliers d’Antillais de retrouver trace de leurs ancêtres via anchoukaj.org. ↑
Bibliographie sélective commentée
Sources primaires et bases de données
- Archives Territoriales de Martinique / Banque Numérique des Patrimoines Martiniquais (BNPM). Registres d’esclaves, registres d’individualité, actes de catholicité (1674-1899). En ligne : patrimoines-martinique.org.
- Base « Esclavage et indemnités » (CNRS / Repairs). Bénéficiaires de l’indemnité haïtienne de 1825 et de l’indemnité coloniale française de 1849. En ligne : esclavage-indemnites.fr.
- Anchoukaj.org (CM98). Base des registres des nouveaux libres et des actes d’individualité. En ligne : anchoukaj.org.
- Ordonnance de Charles X du 17 avril 1825. Reconnaissance de l’indépendance d’Haïti contre versement d’une indemnité de 150 millions de francs-or.
- Décret d’abolition de l’esclavage du 27 avril 1848. Gouvernement provisoire de la Deuxième République.
- Instruction ministérielle du 8 mai 1848 (Victor Schoelcher). Organisation des actes d’individualité.
- Loi du 30 avril 1849 et décret du 24 novembre 1849. Indemnisation des anciens propriétaires d’esclaves.
Abolition et politique coloniale française
- Beauvois, Frédérique. « L’indemnité de Saint-Domingue : dette d’indépendance ou rançon de l’esclavage ? » French Colonial History, vol. 10, 2009, p. 109-124.
- Cottias, Myriam. « Élaborer une citoyenneté subjective », in Cottias, Myriam et Mattos, Hebe (dir.). Esclavage et subjectivités dans l’Atlantique luso-brésilien et français (XVIIe-XXe siècles). Marseille, OpenEdition Press, 2016.
- Dorigny, Marcel. Les abolitions de l’esclavage (1793-1888). Paris, Presses Universitaires de France, 2018.
- Régent, Frédéric. La France et ses esclaves. De la colonisation aux abolitions (1620-1848). Paris, Grasset, 2007.
- Régent, Frédéric. Les maîtres de la Guadeloupe. Propriétaires d’esclaves (1635-1848). Paris, Tallandier, 2019.
- Régent, Frédéric, Gonfier, Gilda, Maillard, Bruno. Libres et sans fers. Paroles d’esclaves français. Paris, Fayard, 2015.
- Sainton, Jean-Pierre. « De l’état d’esclave à l’état de citoyen : modalités du passage de l’esclavage à la citoyenneté aux Antilles françaises sous la Seconde République (1848-1850). » Outre-Mers. Revue d’histoire, t. 90, nos 338-339, 2003, p. 117-156.
- Schmidt, Nelly. Victor Schoelcher. Paris, Fayard, 1994 (rééd. 1999).
- Schmidt, Nelly. Abolitionnistes de l’esclavage et réformateurs des colonies. Analyse et documents (1820-1851). Paris, Karthala, 2000.
- Schmidt, Nelly. L’abolition de l’esclavage. Cinq siècles de combats (XVIe-XXe siècles). Paris, Fayard, 2005.
- Schmidt, Nelly. « La République à l’épreuve des peurs. 1848 : Liberté et peurs sociales aux Caraïbes. » In 1848. Actes du colloque international, Presses universitaires de Rennes.
- Schmidt, Nelly. « 1848 dans les colonies françaises des Caraïbes. Ambitions républicaines et ordre colonial. » Outre-Mers. Revue d’histoire, n° 320, 1998, p. 33-69.
- Vergès, Françoise. Abolir l’esclavage. Une utopie coloniale. Paris, Albin Michel, 2001.
Histoire haïtienne et mémoire de la révolution
- Dubois, Laurent. Avengers of the New World. The Story of the Haitian Revolution. Cambridge (MA), Harvard University Press, 2004.
- Trouillot, Michel-Rolph. Silencing the Past. Power and the Production of History. Boston, Beacon Press, 1995.
Théorie et méthode : archives, microhistoire, changement d’échelle
- Revel, Jacques (dir.). Jeux d’échelles. La micro-analyse à l’expérience. Paris, Gallimard/Le Seuil, 1996.
- Stoler, Ann Laura. Along the Archival Grain. Epistemic Anxieties and Colonial Common Sense. Princeton, Princeton University Press, 2009.
Méthode et sources pour la généalogie martiniquaise
- Corcessin, Yannick / Dossa, Bernard. Une lecture du registre matricule des esclaves par la tradition ancestrale africaine. Le Carbet, Le Morne-Vert, Le Fonds Saint-Denis, Martinique, 2019.
- Symbole de l’amitié. Base de données — Registre population esclave, BMS du Carbet, 1810-1848 ; Base Notariat de la Martinique
- Association AMARHISFA. Les Libres de couleur de la Martinique, 1830-1848.
- Mélé, Sandrine. Base de données : restituer les liens entre 13 500 personnes esclavisées, leurs habitations et leurs anciens propriétaires (1800-1848). En ligne : Esclaves Fort-de-France.
- Esclavage en Martinique. Base de données de plus de 3 200 actes notariés du XVIIIe siècle. En ligne : esclavagemartinique.manioc.org.
Rejoindre le chantier d’indexation
L’indexation exhaustive des archives disponibles — actes notariés, BMS, registres d’état civil, actes d’affranchissement — est la condition d’une reconstruction progressive des continuités documentaires brisées en 1848. Ce travail est ouvert à tous les volontaires, qu’ils soient généalogistes, passionnés d’histoire ou simplement désireux de contribuer à cette mémoire collective. Les premières données (plus de 20 000 lignes de registres de notaires) sont accessibles sur le site Symbole de l’amitié.

