Archives et méthodes

Présences africaines en Martinique : entre description coloniale et intelligibilité culturelle


Les cultures africaines en Martinique ont-elles survécu à la traite et à l’esclavage ? Deux témoignages du XIXe siècle, relus à la lumière des traditions vodoun du Bénin, suggèrent une réponse inattendue.

Note de méthode — Cet article est le fruit d’une collaboration entre deux approches complémentaires : une démarche d’histoire documentaire et archivistique, d’une part ; une enquête de terrain fondée sur les savoirs oraux et les traditions vodoun du Bénin, d’autre part. Les notions proposées — « décalage interprétatif colonial », « lisibilité asymétrique des sources », « persistances culturelles encodées », « double lecture des archives » — sont des outils analytiques construits à l’interface de ces deux approches. Elles ne visent pas à établir des équivalences mécaniques entre pratiques africaines et pratiques martiniquaises, mais à ouvrir un espace d’interprétation là où les sources coloniales s’arrêtent de parler.


Introduction — Voir sans comprendre

Un officier de marine français est sur le quai de Fort-Royal par un soir de juillet 1822. Devant lui, une centaine d’Africains récemment débarqués se réunissent, dansent, chantent, frappent le sol de leurs mains. Il les observe longuement, avec curiosité et précision. Il note tout : la disposition en cercle, la gravité des visages, la musique « triste », les gestes vers la terre. Ce qu’il ne comprend pas, c’est que ces Africains ne dansent pas. Ils célèbrent une cérémonie funéraire pour leurs morts de la traversée, envoient des messages à leurs familles restées en Afrique à travers le sol qu’ils frappent, et reconstituent devant lui un rituel codifié que des années de formation dans les couvents vodoun leur ont appris à perpétuer en toutes circonstances.

Cet écart entre ce qui est vu et ce qui est compris est au cœur de cet article.

La Martinique est souvent perçue, dans l’historiographie comparée, comme un espace où les continuités culturelles africaines seraient plus diffuses ou moins documentées qu’en Haïti, au Brésil ou à Cuba. Les travaux fondateurs de Roger Bastide sur les Amériques noires1, le débat entre Herskovits et Frazier sur la survivance ou la destruction des cultures africaines dans les sociétés esclavagistes2, les analyses de Mintz et Price sur la créolisation2 — toutes ces perspectives ont été moins systématiquement appliquées à la Martinique qu’à d’autres espaces atlantiques.

Cet article soutient que cette perception résulte davantage d’un défaut d’interprétation que d’une absence de pratiques. Les sources existent. Elles décrivent avec précision des pratiques culturelles africaines structurées. Mais elles les décrivent sans les comprendre — et cette incompréhension, loin d’être un obstacle, est en réalité la clé d’entrée dans une histoire que nous n’avons pas encore pleinement lue.

La démarche proposée ici croise trois types de sources : les témoignages coloniaux directs, les savoirs issus des traditions vodoun du Bénin et du golfe de Guinée, et les résultats d’une enquête de terrain conduite au Bénin par Bernard Dossa. Elle aboutit à une démonstration en quatre temps : description, interprétation, reconstruction, et transmission vivante.


I. Le débat historiographique : où se situe la Martinique ?

Gabriel Debien, dans sa synthèse pionnière sur les esclaves aux Antilles françaises3, déplorait de ne pouvoir approcher la vie des esclaves « de l’intérieur ». Les sources, écrivait-il, ne nous montrent les réactions des esclaves « que par l’extérieur, alors que, pour être bien comprises, ces réactions devraient être vues du dedans ». Ce constat, repris par Paul Veyne dans sa réflexion sur l’épistémologie historique4, est resté longtemps sans réponse méthodologique satisfaisante.

C’est précisément cette réponse que la double lecture des archives — confrontant description coloniale et savoirs africains — permet d’apporter. Non pas en inventant ce que les sources ne disent pas, mais en décodant ce qu’elles disent sans le comprendre.

Roger Bastide a conceptualisé, contre Frazier qui défendait la thèse de la destruction totale des cultures africaines par l’esclavage, l’existence d’une « mémoire motrice » héritée — persistance dans les gestes, les pas de danse, les postures corporelles, les structures rituelles. Cette notion, développée à partir d’observations au Brésil et en Haïti, est, nous le verrons, directement pertinente pour lire les sources martiniquaises.

Dans le contexte des plantations martiniquaises, la créolisation peut être comprise, dans une première approche, comme un processus d’adaptation contrainte des populations africaines nouvellement arrivées aux exigences du système esclavagiste. Comme l’ont montré les travaux de Gabriel Debien, cette adaptation passe par une phase d’« acclimatation » visant à intégrer les individus aux rythmes, aux disciplines et aux normes de l’habitation3. Ce processus s’accompagne de pressions visant à transformer les référents culturels, notamment à travers l’encadrement religieux, linguistique et social. Toutefois, réduire la créolisation à une simple entreprise de transformation ou de substitution culturelle serait insuffisant. Les recherches plus récentes, notamment dans le champ de l’histoire atlantique et de l’anthropologie — Nelly Schmidt sur les politiques coloniales5a, Myriam Cottias sur les dynamiques identitaires5b — ont mis en évidence les dynamiques de recomposition, d’appropriation et de transmission qui caractérisent également ce phénomène. C’est précisément dans cet espace — entre contrainte et résistance, entre perte et préservation — que se situent les pratiques que cet article cherche à documenter.


II. Fréminville à Fort-Royal : la même scène, deux lectures

En juillet 1822, le Chevalier de Fréminville, officier de marine à Fort-Royal, observe dans son journal un groupe d’Ibos victimes de la traite illégale organisée par l’armateur de l’Amélie, qui prévoyait de les vendre comme esclaves. Interceptés par la corvette royale La Sapho et déclarés libres à Fort-Royal, ils sont néanmoins contraints aux travaux forcés coloniaux. Il décrit une cérémonie dont il ne comprend pas un mot — les chants en langue africaine le dépassent —, mais note avec une honnêteté remarquable ce qu’il voit, sans prétendre l’interpréter5. Ce qui en fait une source exceptionnelle.

Les deux aquarelles et gravures ci-dessous montrent des scènes comparables dans d’autres espaces atlantiques contemporains. Elles confirment que les pratiques observées par Fréminville à Fort-Royal ne sont pas des particularités locales : elles témoignent d’une cohérence culturelle africaine transatlantique.

La Vieille Plantation, vers 1790 — danse et musique d'esclaves dans une plantation de Caroline du Sud
The Old Plantation (La Vieille Plantation), aquarelle anonyme, vers 1790, Caroline du Sud (États-Unis). Colonial Williamsburg Foundation. — Danseurs au centre, musiciens à droite, spectateurs à gauche : la même organisation structurée que celle décrite par Fréminville à Fort-Royal.
Pierre-Jacques Benoit, scène de danse d'esclaves au Surinam, 1839
Pierre-Jacques Benoit, gravure issue de Voyage à Surinam, Bruxelles, 1839. — Le Surinam, société de plantation contemporaine de la Martinique, accueillait des populations déportées d’origines africaines comparables. La similitude des pratiques confirme que ces formes culturelles relevaient d’une cohérence transatlantique.

Nous présentons ci-dessous les passages centraux du témoignage de Fréminville en faisant alterner deux registres distincts :

  • Le texte de Fréminville, présenté en bloc de citation indenté ;
  • Le commentaire de Bernard Dossa, présenté en encadré séparé à fond bleu clair, à la lumière des traditions vodoun du Bénin.

Le même passage. Deux lectures. Deux siècles d’écart entre elles.

« Les hommes et les femmes dansaient séparément et, dans la danse des femmes, il n’y en avait qu’une seule qui agissait. C’était toujours une des plus jeunes. Une grande négresse chantait en battant nonchalamment la mesure avec les mains. Les autres, rangées en cercle, battaient pareillement la mesure qui était assez lente. »

Commentaire de Bernard Dossa

Ces individus désignés comme « Ibos » peuvent être rapprochés de groupes relevant de traditions religieuses associées à l’aire culturelle yoruba et aux cultes d’Odùduwà. Les deux types de battements de mains décrits correspondent à des structures rythmiques comparables à celles du Chinckounmè ou de l’Avizinlin, musiques rituelles exécutées au Bénin lors des cérémonies funéraires. Ces pratiques participent d’une mise en relation avec les défunts, pouvant être interprétée comme une forme d’hommage aux morts — y compris à ceux disparus lors de la traversée atlantique. Elles témoignent de la place centrale accordée aux ancêtres dans les systèmes religieux africains.

« La danseuse, placée au centre du cercle, trépignait en faisant mille contorsions et prenant mille postures bizarres, tantôt debout, tantôt à quatre pieds. La musique en était triste et il y avait des refrains très fréquents. Comme les paroles étaient dans la langue naturelle des nègres de Bénin, je n’en pouvais comprendre un mot. Cependant, aux gestes de la danseuse, il me sembla que la finesse de sa pantomime consistait à imiter ceux de différentes espèces d’animaux. Ce qui me parut le plus singulier était la gravité et le sérieux de toutes les actrices de ce bal africain et le flegme avec lequel elles battaient leurs mains l’une contre l’autre et ne paraissant éprouver ni gaîté, ni plaisir. »

« La danse des hommes était fort différente quoiqu’ayant aussi le même caractère sérieux. Ils marchaient en rond à la file l’un de l’autre sans faire aucun geste bien remarquable. Au centre étaient les musiciens au nombre de sept. L’un tirait de temps à autre quelques sons d’une espèce de flageolet de bambou. Les autres frappaient des coups mesurés avec de vieux morceaux de ferrailles ou des fragments de pots cassés qu’ils heurtaient l’un contre l’autre. À une certaine intonation de flageolet, tous les danseurs se mettaient à quatre pieds et frappaient la terre avec leurs mains. »

Commentaire de Bernard Dossa

Les gestes décrits, notamment le fait de frapper le sol, peuvent être interprétés comme des formes d’expression symbolique adressées à un espace perçu comme médiateur entre le monde des vivants et celui des ancêtres. Dans certaines traditions du Bénin, la terre est investie d’une dimension spirituelle et relationnelle, liée à des systèmes d’initiation et à des pactes rituels établis au sein des couvents vodoun. Ces pratiques pourraient renvoyer à des formes de communication ou d’invocation, traduisant à la fois une mémoire du lieu d’origine et une expression émotionnelle face à la condition d’exil. Par ailleurs, certaines traditions rituelles — désignées sous les termes Ahouangou ou Togö dans les royaumes de Djigbé, Ké ou Wémè — associent pratiques cérémonielles, soutien symbolique aux vivants et accompagnement des défunts. Sans établir de correspondance directe, ces éléments offrent un cadre d’interprétation permettant de mieux comprendre la cohérence interne des gestes observés.

« Ils se relevaient ensuite et continuaient leur procession d’un air aussi mélancolique que s’ils eussent été à des funérailles. »

Commentaire de Bernard Dossa

Les mentions relatives aux tatouages ou scarifications renvoient à un système de marquage corporel largement attesté dans les sociétés ouest-africaines. Une description plus précise aurait permis d’identifier avec davantage de certitude l’appartenance sociale, familiale ou politique des individus observés. Dans les traditions vodoun, ces marques corporelles remplissent plusieurs fonctions : elles peuvent indiquer un rang social, une appartenance lignagère ou ethnique, voire des statuts liés à des fonctions guerrières ou rituelles. Les couvents vodoun, loin de se limiter à une dimension religieuse, participent également à l’organisation sociale et politique, en lien étroit avec les structures de pouvoir.

Fréminville lui-même, sans le savoir, fournit la conclusion de cette double lecture dans sa dernière phrase : ils avaient l’air d’être à des funérailles. C’est exactement ce qu’ils faisaient.


III. Le décalage interprétatif colonial : définition et mécanisme

La confrontation de ces deux lectures permet de définir avec précision le phénomène que nous appelons décalage interprétatif colonial :

La situation dans laquelle des pratiques culturelles sont correctement décrites par des observateurs extérieurs mais demeurent inaccessibles dans leur signification, faute de maîtrise des codes symboliques qui les structurent — produisant ainsi des archives descriptives fiables dont la portée reste invisible sans un cadre de décodage culturel adapté.

Ce décalage n’est pas le signe d’une mauvaise foi des observateurs. Fréminville est un témoin attentif et honnête — il note précisément ce qu’il voit, y compris son incompréhension. Mais il ne dispose pas des outils pour interpréter ce que ses yeux enregistrent fidèlement. Michel-Rolph Trouillot a montré comment les archives coloniales produisent structurellement des silences et des malentendus qui résultent non d’une intention de dissimuler, mais d’une asymétrie fondamentale entre systèmes de référence6. Ann Laura Stoler a analysé ces archives comme des instruments dont la production obéit à des logiques internes qui en limitent la portée7.

Le passage de Fréminville illustre point par point ce mécanisme. La « gravité » qu’il remarque avec étonnement est la marque du deuil rituel, pas d’une étrange insensibilité. La « musique triste » est fonctionnellement triste — c’est de la musique funéraire. La structure circulaire n’est pas une convention chorégraphique mais une organisation cosmologique. La frappe du sol n’est pas un geste rythmique mais un acte de communication symbolique avec la terre d’origine. Les mimes animaliers ne sont pas des pantomimes comiques mais des invocations symboliques de divinités.

Cinq observations correctes. Cinq interprétations manquées. C’est la définition exacte du décalage interprétatif colonial.


IV. L’abbé Goux et les fêtes du Carbet : une structure qui « semblait n’avoir pas d’ordre »

Le journal de l’abbé Goux, curé du Carbet, rédigé dans les années 1850 à partir d’informations recueillies dès 1826, décrit les grandes fêtes populaires qui se tenaient au Carbet et à Saint-Pierre à l’époque de l’esclavage8. La source a ses limites — c’est un homme d’Église blanc, extérieur à la culture africaine qu’il décrit, rapportant des informations de seconde main. Mais elle contient une formulation d’une honnêteté intellectuelle remarquable, qui mérite d’être citée avant tout commentaire :

« Les esclaves y étalaient tout le luxe dont ils étaient capables ; luxe auquel les maîtres contribuaient, en prêtant aux esclaves, bons sujets, leurs montres, chaînes, boutons, boucles d’oreilles, et quelquefois des robes de soie. Chaque tribu africaine avait son pavillon que portait la reine du Bal ; chacune avait sa danse particulière qui semblait n’avoir pas d’ordre, qui cependant était régulière en son genre. Outre ces danses, il y avait aussi des espèces de Baladins qui faisaient des tours de force surprenants ; c’était à qui ferait les sauts les plus périlleux ; j’en ai vu qui, étant debout, se lançaient, les pieds en l’air, et qui retombaient debout, derrière la place qu’ils occupaient. Ce tour de force se voit rarement en France ; d’autres nègres marchaient sur leurs mains, les pieds en l’air. »

« Qui semblait n’avoir pas d’ordre, qui cependant était régulière en son genre. » Goux formule sans le savoir la définition exacte de la lisibilité asymétrique des sources : une structure perçue comme désordonnée parce que l’observateur ne possède pas les codes pour la lire, mais qui est rigoureusement ordonnée pour qui les possède.

Trois éléments de ce passage méritent une attention particulière.

Les pavillons et les reines de bal. Chaque tribu africaine dispose d’un signe distinctif — le pavillon — porté par une figure centrale, la reine du bal. Mais que désigne exactement ce pavillon ?

Commentaire de Bernard Dossa — Le sens des pavillons

L’abbé Goux décrit d’emblée cet objet comme un « pavillon » ou drapeau porté par la reine du bal de chaque tribu africaine. Ce terme, qui peut se rapporter au mot fon Houéda — formé de Houé (maison) et Da (cheveux) : littéralement « dignité cultuelle d’une maison », ou plus familièrement « coiffure d’une maison », emblème de prospérité —, correspond à la transcription linguistique du mot yoruba Asia ou Sia (« drapeau »). Entre le XIIIe et le XIVe siècle, les Houéda se distinguaient dans la communauté yoruba par leurs alliances cultuelles avec leur ancêtre légendaire : le Python, dit Dan ou Dangbé. Le Houéda est donc le drapeau de Dan : rectangulaire, blanc, sans motif ni dessin. Chaque communauté d’adeptes affiche ainsi l’emblème de sa divinité tutélaire.

Ce que Goux perçoit comme une décoration festive est en réalité un signe d’identification cultuelle précis : chaque pavillon désigne publiquement l’appartenance spirituelle d’un groupe, son ancêtre tutélaire, et les alliances qui structurent sa vie collective. La reine qui porte le pavillon n’est pas une figure d’apparat — elle est la représentante vivante de cette alliance et la gardienne d’une mémoire que la plantation cherche à effacer.

Les performances acrobatiques. Les sauts périlleux et la marche sur les mains appartiennent à des traditions gestuelles documentées dans les sociétés du golfe de Guinée, où les performances physiques extrêmes sont associées à des contextes rituels précis — cérémonies en l’honneur des ancêtres, manifestations de force spirituelle. Ils ne relèvent pas du divertissement.

Le luxe partagé. Les maîtres prêtent leurs bijoux et leurs robes de soie pour les fêtes. Dans de nombreuses sociétés du golfe de Guinée, la magnificence du vêtement et des ornements lors des cérémonies a une fonction symbolique précise. Les maîtres, sans le savoir, participaient au maintien de pratiques rituelles dont ils ignoraient entièrement la signification.


V. Le triptyque africain de l’agriculture sacrée : déchiffrer la fête du Carbet

cultures africaines en Martinique — triptyque du travail agricole sacré, Afrique Occidentale, début XXe siècle
« Afrique Occidentale – Soudan – Danseurs Miniankas – Fétiches des Cultures », carte postale colorisée, Collection générale Fortier, Dakar, début du XXe siècle. — Cette image montre le triptyque du travail agricole sacré tel qu’il était pratiqué en Afrique de l’Ouest : à gauche, les musiciens et chanteurs ; au centre, la figure cérémonielle en costume rituel demandant la bénédiction des divinités ; à droite, les laboureurs courbés sur la terre. C’est cette même structure en trois parties indissociables que l’abbé Goux observe au Carbet sans pouvoir la nommer : « régulière en son genre ».

Pour comprendre ce que Goux observe sans le comprendre, il faut introduire une source comparative de premier ordre : la conception africaine traditionnelle du travail collectif de la terre, documentée au Bénin à travers le rituel du Gouhihiô — littéralement « vénération de la divinité Gou », dieu du fer et de la force9.

Dans cette tradition, toute activité agricole collective s’organise en un triptyque indissociable :

À droite : le groupe des laboureurs, qui effectuent les travaux collectivement. C’est un devoir d’entraide auquel chacun répond pour le bien-être de la communauté.

Au centre : les féticheurs et dignitaires, qui demandent la bénédiction et l’abondance des récoltes. Le travail de la terre est avant tout une action cultuelle : il s’agit de se mettre en accord avec la nature et les divinités. Avant le démarrage des activités champêtres, des rites de purification du sol sont conduits quarante et un jours à l’avance, faisant intervenir de jeunes initiés vêtus de toges en brindilles de palmes, guidés par les tambours.

À gauche : les musiciens et griots, qui encouragent les travaux par des chants élogieux et des musiques rythmées.

Ces trois parties — laboureurs, représentants du culte, musiciens — sont strictement indissociables. L’une sans les autres ne constitue pas un rituel : c’est le tout qui fait sens.

Revenons maintenant à la fête du Carbet telle que Goux la décrit. On y trouve : les danseurs de chaque tribu — les laboureurs. Les reines porteuses de pavillons — les représentantes du culte. Les baladins acrobates et les musiciens — les griots. Le triptyque est complet. Ce que Goux perçoit comme une fête populaire bruyante et désordonnée est la reconstitution fidèle d’un rituel agricole africain transposé sur le sol martiniquais — avec les moyens du bord, dans les contraintes de la plantation, mais structurellement intact.

Les maîtres qui prêtent leurs bijoux contribuent sans le savoir à la magnificence d’une cérémonie dont ils ignorent la nature. C’est peut-être l’une des formes les plus subtiles de résistance culturelle documentées dans les sources martiniquaises.


VI. Les persistances culturelles encodées

Les pratiques que nous venons d’analyser ne sont pas des survivances passives — des formes résiduelles maintenues par inertie. Elles relèvent de ce que nous proposons d’appeler des persistances culturelles encodées :

Des traditions culturelles maintenues et actives, mais transformées, adaptées, et parfois rendues délibérément illisibles pour les observateurs extérieurs — fonctionnant ainsi à la fois comme formes de résistance et comme vecteurs de transmission intergénérationnelle d’un héritage symbolique.

L’encodage est une stratégie de préservation. En maintenant des pratiques rituelles que les maîtres ne comprennent pas, les communautés esclavisées conservent un espace de sens qui échappe partiellement au contrôle de la plantation. La forme extérieure — la danse, la fête, les acrobaties — est le code qui protège le contenu rituel.

Cette robustesse ne doit pas surprendre. Le vodoun béninois — et plus largement les systèmes religieux et symboliques de l’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale dont sont issus la grande majorité des déportés vers la Martinique — est une tradition profondément orale, pratique et adaptable10. Sa force réside précisément dans sa capacité à maintenir une cohérence symbolique interne tout en se transformant selon les contraintes du milieu.

Les recherches de Guillaume Durand sur les patronymes d’origine africaine en Martinique11 confirment par ailleurs que cette mémoire n’était pas seulement rituelle : elle était aussi onomastique. Des noms de famille d’origine africaine étaient encore présents dans la population esclavisée et affranchie au moment de l’abolition de 1848, témoignant d’une transmission identitaire maintenue sur plusieurs générations.

Trois exemples tirés des registres martiniquais illustrent de façon saisissante cette persistance encodée dans les noms eux-mêmes.

Deux anciens esclaves du Carbet, tous deux prénommés Joseph, reçoivent en 1848 les patronymes Ancinon et Felletin12a. Le Registre Matricule des Esclaves indique que Joseph Ancinon, 48 ans, matricule n°28, était esclave sur l’habitation de M. Guibert Sainte-Rose, tandis que Joseph Felletin, 32 ans, matricule n°1901, était chez M. de Venancourt. Rien, dans les archives coloniales, ne signale de lien entre eux. Or, ces deux noms ne laisseront pas indifférent quiconque connaît la langue fon ou wémè parlée au Bénin. Ancinon évoque immédiatement Hansinon — un nom qui se traduit littéralement par « chanteur », c’est-à-dire la fonction sociale du griot. Felletin, prononcé « félétin », désigne en langue wémè l’« arbre de Félé », ou « arbre de sifflet » — soit l’instrument de musique directement associé au chanteur : celui qui fait siffler l’instrument est griot, et par différents rythmes ou tonalités, il encourage les travailleurs et désigne le meilleur d’entre eux par ses éloges. Deux hommes, deux fonctions complémentaires dans le triptyque africain, dont les noms portent en eux la structure entière du travail collectif et de sa musique.

Un troisième exemple, issu des registres de Macouba, va encore plus loin dans la précision. L’esclave Michel, 35 ans, né en Afrique, matricule n°464E, est affranchi le 12 février 1849. Il devient ce jour-là le citoyen Michel Apanangon12d. Ce nom typiquement dahoméen, précisément associé à la commune d’Adjohoun au Bénin, se traduit en langue fon par une formule qui n’a rien d’anodin : Akpanangon signifie « le pacte sera respecté ». Michel, né en Afrique, portait déjà ce nom ou le connaissait. En le choisissant le jour de son affranchissement, il inscrivait dans le registre officiel de l’état civil français non pas un nom de fantaisie, mais une déclaration : un pacte — celui qui le liait à ses ancêtres, à sa terre d’origine, à la communauté dont il avait été arraché — allait être respecté.

L’association de ces trois exemples ne semble pas fortuite. En Afrique comme aux Antilles, ils renvoient tous, par des voies différentes, au même socle : le travail collectif de la terre, rythmé par la musique et accompagné de chants, et la fidélité aux alliances fondatrices. Cette entraide mutuelle est désignée en créole martiniquais sous le nom de lasotè12b, et en fon sous le terme adjolou12c. La transmission était inscrite jusque dans les noms.


VII. Le Lasotè : quand la transmission réussit

Tout ce qui précède — les pratiques décrites par Fréminville et Goux, le triptyque du Gouhihiô reconstitué dans les fêtes du Carbet, les noms d’Ancinon, Felletin et Apanangon portant en eux leurs fonctions et leurs pactes — serait encore susceptible d’être relativisé si nous n’avions qu’une question à résoudre : ces transmissions ont-elles réussi ? La réponse se trouve au Fonds Saint-Denis.

Sous l’impulsion d’un groupe d’esclaves africains du Haut Carbet, le travail collectif de la terre a donné naissance, au cours de la période esclavagiste, à une tradition qui s’est maintenue jusqu’à aujourd’hui dans ce quartier de la commune de Fonds Saint-Denis : le Lasotè13.

Le Lasotè est une pratique d’entraide agricole collective : un groupe de voisins et d’amis se réunit pour effectuer ensemble les gros travaux de la terre sur l’exploitation de l’un d’entre eux, selon un principe de réciprocité — celui qui bénéficie du Lasotè devra le rendre à son tour. Cette pratique n’est pas un simple arrangement économique : elle est accompagnée de chants, de musique, de nourriture partagée, et d’une organisation collective précise qui reproduit, à des siècles de distance, les principes fondamentaux du Gouhihiô africain.

Le travail, la musique et le partage communautaire — le triptyque — sont là.

cultures africaines en Martinique — Lasotè au Fonds Saint-Denis, pratique d'entraide collective héritée des esclaves africains
Lasotè au Fonds Saint-Denis (Martinique). — Cette pratique d’entraide agricole collective, initiée par des esclaves africains du Haut Carbet, perpétue jusqu’à aujourd’hui les principes du triptyque africain : le travail collectif, la musique et le partage communautaire. Source : Isambert Duriveau et Jean-Marc Terrine, Lasotè. Poésie de vie dans les pitons de la Martinique, Fort-de-France, Association Lasotè, 2015, 294 p.

Ce que cela signifie pour notre démonstration est considérable. Le Lasotè n’est pas une trace dans une archive : c’est une pratique vivante, localisée avec précision, dont l’origine africaine est documentée, et dont la continuité depuis la période esclavagiste jusqu’à aujourd’hui est établie. La transmission n’a pas seulement existé : elle a réussi. Les pratiques que Fréminville et Goux décrivaient sans les comprendre n’étaient pas des gestes désespérés de gens arrachés à leur culture — elles étaient des actes délibérés de transmission, dont certains ont porté leurs fruits au-delà de toute espérance raisonnable.

C’est peut-être la conclusion la plus forte que permettent les sources rassemblées dans cet article.


VIII. Cultures africaines en Martinique : une méthode pour les retrouver

La méthode mise en œuvre dans cet article peut être formalisée comme une double lecture des archives :

Une approche méthodologique consistant à soumettre les mêmes sources à deux grilles d’interprétation simultanées : la lecture occidentale contemporaine des observateurs, qui produit une description factuelle mais interprétativement limitée ; et la lecture informée par les systèmes symboliques africains dont procèdent les pratiques décrites, qui restitue leur signification fonctionnelle, cosmologique et sociale.

Cette méthode repose sur plusieurs conditions strictes : l’identification des groupes ethniques et linguistiques d’origine des déportés, la mise en correspondance des pratiques décrites avec des formes rituelles attestées dans ces groupes, et la distinction rigoureuse entre correspondances probables et analogies spéculatives. Elle suppose également une précaution essentielle : les traditions vodoun ont elles-mêmes évolué, et la diversité des origines ethniques des déportés rend problématique toute référence à un unique « système symbolique africain ».

Ces précautions posées, la méthode produit des résultats qui obligent à réviser substantiellement le tableau traditionnel d’une Martinique pauvre en continuités africaines. La chaîne est complète : des pratiques codifiées sur le quai de Fort-Royal en 1822, une organisation culturelle structurée dans les fêtes du Carbet au XIXe siècle, des noms portant en eux leurs fonctions rituelles et leurs pactes jusqu’en 1848 et 1849, et une tradition vivante au Fonds Saint-Denis aujourd’hui.


Conclusion — Ce que l’histoire n’avait pas encore lu

Fréminville voyait une danse. Il observait en réalité une cérémonie funéraire, une protestation rituelle adressée à travers la terre à ceux qui avaient organisé la déportation, et un acte de communication avec les familles restées en Afrique.

Goux voyait des fêtes populaires brillantes et bruyantes. Il décrivait en réalité la reconstitution fidèle d’un rituel agricole africain en triptyque, organisé avec une précision que lui-même sentait confusément sans pouvoir la nommer : « régulière en son genre ».

Les deux observateurs avaient les yeux ouverts. Il leur manquait les clés.

Ce que cet article a tenté de montrer, c’est que ces clés existent — qu’elles sont documentables, comparables, et qu’elles transforment radicalement la lecture des sources disponibles sur la Martinique esclavagiste. La notion de décalage interprétatif colonial rend compte du mécanisme par lequel les archives produisent des descriptions fiables dont la signification reste invisible sans un cadre culturel adapté. La notion de persistances culturelles encodées rend compte de la stratégie par laquelle les communautés esclavisées ont maintenu, protégé et transmis un héritage que la plantation cherchait à effacer — jusque dans les noms choisis en 1848 et 1849, où un griot, son instrumentiste et un homme lié par un pacte à ses ancêtres ont inscrit leur identité africaine dans les registres de l’état civil français.

Et le Lasotè du Fonds Saint-Denis apporte à cette démonstration quelque chose qu’aucun argument historiographique ne peut égaler : la preuve que la transmission a réussi. Non pas seulement dans les archives, non pas seulement dans les concepts — mais dans la terre même, dans la sueur collective d’un groupe de voisins qui travaillent ensemble au rythme des chants, comme des Africains du Haut Carbet l’ont fait il y a deux siècles, portant en eux une mémoire que ni l’esclavage, ni l’abolition, ni les siècles n’ont réussi à interrompre.


Notes de bas de page

  1. Roger Bastide, Les Amériques noires. Les civilisations africaines dans le Nouveau Monde, Paris, Payot, 1967 (rééd. Petite Bibliothèque Payot, 1973). Bastide développe notamment la notion de « mémoire motrice » : « Partout ailleurs, l’Afrique resurgit d’une manière ou d’une autre, parfois seulement dans les gestes corporels, les pas de danse qui traduisent une mémoire motrice héritée. »
  2. Sidney W. Mintz et Richard Price, The Birth of African-American Culture. An Anthropological Perspective, Boston, Beacon Press, 1992 (1re éd. 1976). Sur le débat fondateur entre Melville J. Herskovits (The Myth of the Negro Past, New York, Harper & Brothers, 1941) et E. Franklin Frazier, voir Roger Bastide, op. cit., introduction.
  3. Gabriel Debien, Les esclaves aux Antilles françaises (XVIIe-XVIIIe siècles), Fort-de-France / Basse-Terre, Sociétés d’Histoire de la Guadeloupe et de la Martinique, 1974, 531 p. Sur la notion d’acclimatation : voir notamment le chapitre I de cet ouvrage.
  4. Paul Veyne, Comment on écrit l’histoire. Essai d’épistémologie, Paris, Seuil, 1971.
  5. Nelly Schmidt, Abolitionnistes de l’esclavage et réformateurs des colonies. Analyse et documents (1820-1851), Paris, Karthala, 2000 ; L’abolition de l’esclavage. Cinq siècles de combats (XVIe-XXe siècles), Paris, Fayard, 2005.
  6. Myriam Cottias, « Élaborer une citoyenneté subjective », in Myriam Cottias et Hebe Mattos (dir.), Esclavage et subjectivités dans l’Atlantique luso-brésilien et français (XVIIe-XXe siècles), Marseille, OpenEdition Press, 2016.
  7. Chevalier de Fréminville, Journal, entrée du 12 juillet 1822, Fort-Royal (Martinique). Texte cité et analysé par Bernard Dossa dans le cadre de ses recherches sur les Dahoméens déportés en esclavage, présentées notamment lors du colloque La patrimonialisation de l’histoire et de la mémoire de l’esclavage : du local au global (21-22 mai 2015, Archives nationales, Pierrefitte-sur-Seine). Le passage concerne un groupe désigné comme « Ibos », interceptés par la corvette royale La Sapho, commandée par M. de La Salle d’Halader. Déclarés libres à Fort-Royal, ils furent néanmoins soumis aux travaux de l’administration coloniale.
  8. Michel-Rolph Trouillot, Silencing the Past. Power and the Production of History, Boston, Beacon Press, 1995.
  9. Ann Laura Stoler, Along the Archival Grain. Epistemic Anxieties and Colonial Common Sense, Princeton, Princeton University Press, 2009.
  10. Journal de l’abbé Goux et de ses successeurs, curé du Carbet, années 1850 (informations recueillies en 1826 d’une religieuse ursuline). Archives départementales de la Martinique, en ligne : patrimoines-martinique.org (cote : a011386268, vue 22). Présenté et commenté par Bernard Dossa (2024).
  11. Bernard Dossa, travaux de terrain sur les traditions agricoles sacrées au Bénin. Le terme Gouhihiô signifie « vénération de la divinité Gou », dieu du fer et de la force dans le panthéon vodoun. Les rites de purification du sol préalables aux activités champêtres sont documentés notamment chez les Ditammari et les peuples animistes voisins. Voir aussi : Claude Tardits, « Enquête sociologique sur la population de la palmeraie », in Société paysanne et problèmes fonciers de la palmeraie dahoméenne, L’Homme d’outre-mer, n°2, Paris, ORSTOM, 1956, p. 46-47.
  12. Sur la plasticité et la capacité d’adaptation des systèmes religieux vodoun : Bastide, op. cit. ; Gilbert Rouget, La Musique et la transe. Esquisse d’une théorie générale des relations de la musique et de la possession, Paris, Gallimard, 1990 (rééd. augmentée).
  13. Guillaume Durand, « Survivance des patronymes d’origine africaine à la Martinique chez les esclaves et les affranchis avant et après l’abolition de 1848 », Nouvelle revue d’onomastique, n° 39-40, 2002, p. 247-305.
  14. Bernard Dossa et Yannick Corcessin, Une lecture du registre matricule des esclaves par la tradition ancestrale africaine. Le Carbet, Le Morne-Vert, Le Fonds Saint-Denis, Martinique, 2019. L’exemple de Joseph Ancinon (matricule n°28, habitation Guibert Sainte-Rose) et Joseph Felletin (matricule n°1901, habitation de Venancourt) y est documenté et analysé.
  15. Isambert Duriveau et Jean-Marc Terrine, Lasotè. Poésie de vie dans les pitons de la Martinique, Fort-de-France, Association Lasotè, 2015, 294 p. ISBN 978-2-7466-8503-1.
  16. Paul Pélissier, Les Pays du Bas-Ouémé, une région témoin du Dahomey méridional, Travaux du département de géographie n°10, Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Dakar / Cahiers d’outre-mer, 1962, p. 62.
  17. Bernard Dossa et Yannick Corcessin, op. cit. L’esclave Michel, matricule n°464E au registre de Macouba, affranchi le 12 février 1849, est documenté et analysé dans cet ouvrage. Le nom Akpanangon (prononcé Apanangon), précisément associé à la commune d’Adjohoun au Bénin, se traduit en langue fon par « le pacte sera respecté ».
  18. Dossa et Corcessin, op. cit. L’origine africaine du Lasotè et sa filiation avec les pratiques d’entraide collective du groupe d’esclaves africains du Haut Carbet y sont documentées. En ligne : symbole-amitie.com.

Bibliographie sélective

Sources primaires

  • Chevalier de Fréminville, Journal, entrée du 12 juillet 1822, Fort-Royal (Martinique). Cité et commenté par Bernard Dossa.
  • Abbé Goux, Journal de l’abbé Goux et de ses successeurs, années 1850. Archives départementales de la Martinique : patrimoines-martinique.org (cote : a011386268, vue 22).
  • Benoit, Pierre-Jacques. Voyage à Surinam. Bruxelles, 1839.
  • Dessalles, Pierre. La vie d’un colon à la Martinique au XIXe siècle. Fort-de-France, Désormeaux, 1987, 4 tomes.

Travaux de référence sur les cultures afro-américaines

  • Bastide, Roger. Les Amériques noires. Les civilisations africaines dans le Nouveau Monde. Paris, Payot, 1967 (rééd. 1973).
  • Debien, Gabriel. Les esclaves aux Antilles françaises (XVIIe-XVIIIe siècles). Fort-de-France / Basse-Terre, Sociétés d’Histoire de la Guadeloupe et de la Martinique, 1974.
  • Herskovits, Melville J. The Myth of the Negro Past. New York, Harper & Brothers, 1941.
  • Mintz, Sidney W. et Price, Richard. The Birth of African-American Culture. An Anthropological Perspective. Boston, Beacon Press, 1992 (1re éd. 1976).

Études sur les Antilles françaises

  • Cottias, Myriam. « Élaborer une citoyenneté subjective », in Cottias, Myriam et Mattos, Hebe (dir.). Esclavage et subjectivités dans l’Atlantique luso-brésilien et français. Marseille, OpenEdition Press, 2016.
  • Durand, Guillaume. « Survivance des patronymes d’origine africaine à la Martinique. » Nouvelle revue d’onomastique, n° 39-40, 2002, p. 247-305.
  • Régent, Frédéric. La France et ses esclaves. De la colonisation aux abolitions (1620-1848). Paris, Grasset, 2007.
  • Régent, Frédéric, Gonfier, Gilda, Maillard, Bruno. Libres et sans fers. Paroles d’esclaves français. Paris, Fayard, 2015.
  • Schmidt, Nelly. L’abolition de l’esclavage. Cinq siècles de combats (XVIe-XXe siècles). Paris, Fayard, 2005.

Études sur les traditions africaines, vodoun et travail collectif

  • Dossa, Bernard et Corcessin, Yannick. Une lecture du registre matricule des esclaves par la tradition ancestrale africaine. Le Carbet, Le Morne-Vert, Le Fonds Saint-Denis, Martinique. 2019. En ligne : symbole-amitie.com.
  • Duriveau, Isambert et Terrine, Jean-Marc. Lasotè. Poésie de vie dans les pitons de la Martinique. Fort-de-France, Association Lasotè, 2015. ISBN 978-2-7466-8503-1.
  • Pélissier, Paul. Les Pays du Bas-Ouémé, une région témoin du Dahomey méridional. Travaux du département de géographie n°10, Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Dakar, 1962.
  • Rouget, Gilbert. La Musique et la transe. Esquisse d’une théorie générale des relations de la musique et de la possession. Paris, Gallimard, 1990 (rééd. augmentée).
  • Tardits, Claude. « Enquête sociologique sur la population de la palmeraie », in Société paysanne et problèmes fonciers de la palmeraie dahoméenne. L’Homme d’outre-mer, n°2, Paris, ORSTOM, 1956.

Théorie et méthode

  • Stoler, Ann Laura. Along the Archival Grain. Epistemic Anxieties and Colonial Common Sense. Princeton, Princeton University Press, 2009.
  • Trouillot, Michel-Rolph. Silencing the Past. Power and the Production of History. Boston, Beacon Press, 1995.
  • Veyne, Paul. Comment on écrit l’histoire. Essai d’épistémologie. Paris, Seuil, 1971.
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sacrifications, archives corporellesCulture et histoire

Scarifications et Archives Corporelles – Alphabet du Fâ

Mémoire et déportation dans l’aire cultuelle Oba-Danhomè

Introduction

La présente communication s’inscrit dans une réflexion critique sur la fonction des scarifications et des signes corporels dits « raciaux » en tant que dispositifs d’archivage — ou, à l’inverse, de brouillage — de l’histoire et de la mémoire des populations déportées dans l’aire cultuelle Oba-Dan.

Il s’agit de montrer comment, dans cette aire culturelle, le corps est devenu un support de conservation de l’information historique, autrement dit de véritables « archives corporelles », et comment ces dispositifs ont été reconfigurés face aux violences de la traite esclavagiste.

I. Scarifications et codification du savoir avant les déportations

I.1. Fonctions originelles des scarifications (Xe–XIe siècles)

Dans un premier temps, l’analyse se propose de revenir sur la définition et les usages des scarifications entre le Xe et le XIe siècle, période antérieure aux grandes dynamiques de déportation, afin d’en restituer les fondements sociaux, cultuels et symboliques.

Cette contextualisation diachronique permet de dégager les fonctions initiales de ces marques corporelles, notamment en tant que moyens d’identification des appartenances lignagères, territoriales et socio-culturelles au sein de plusieurs sociétés africaines.

I.2. Les sociétés à tradition universelle

En adoptant une approche méthodologique croisant histoire, anthropologie du corps et études de la mémoire, cette contribution vise à mettre en lumière un système ancien de conservation non écrite de l’information historique, largement attesté dans l’aire Oba-Dan.

Elle entend ainsi questionner les limites et les potentialités des archives corporelles dans la transmission intergénérationnelle de la mémoire et contribuer plus largement aux débats contemporains sur les formes alternatives d’archivage de l’histoire dans les sociétés à tradition universelle.

Une société à tradition universelle peut être définie comme une société dans laquelle la production, la conservation et la transmission du savoir reposent sur la codification de l’univers, notamment à travers des insignes fondamentaux qui organisent et expriment l’interaction entre l’homme et son environnement.

Dans ces sociétés, la mémoire et le savoir circulent à travers une pluralité de dispositifs — corporels, discursifs, cultuels, matériels et spatiaux — tous considérés comme également légitimes.

II. Le système du Fâ : alphabet, cosmologie et lecture du monde

II.1. La triade Odù : Vô, Ohwê, Yê

Dans les sociétés coalisées, à savoir les groupes Adja, Ké, Hun et Öyö au sein de l’aire cultuelle Oba-Dan, il existe un dispositif codifié par lequel le savoir est produit, conservé et transmis de génération en génération : il s’agit du Fâ.

Ce système structurant repose sur une triade de lettres fondamentales, appelées Odù, qui constituent le cœur du processus de codification et d’organisation des connaissances.

Les trois lettres sont :

  • Vô, représentée par le symbole □ ;
  • Ohwê, représentée par le symbole I ;
  • Yê, représentée par le symbole II.

Chaque Odù joue un rôle spécifique dans le système, permettant d’ordonner et de transmettre le savoir dans des contextes cultuels et sociaux variés.

II.2. Lire la nature, lire les corps

Depuis des temps immémoriaux, la lecture de la nature par les hommes — et, selon la tradition, par certains animaux — dépend de leur capacité à identifier et interpréter la forme condensée de ces trois lettres dans l’environnement.

Cette lecture fournit des informations sur les valeurs et les significations symboliques que chaque élément de la nature incarne, permettant ainsi aux individus de s’orienter, de prendre des décisions et de vivre en harmonie avec leur univers.

Naître constitue une étape biologique, mais s’instruire sur les valeurs de l’environnement d’accueil est prioritaire pour l’homme.

Dans ce contexte, la plupart des sociétés africaines ont conservé ce mode de transmission du savoir depuis plusieurs siècles ; c’est notamment le cas des civilisations coalisées Adja, Ké, Hun et Öyö, implantées dans l’aire culturelle Oba-Dan, qui restent fidèles à ce système de savoir codifié et intergénérationnel.

Alphabet Fâ

Il est fondamental de souligner que cette codification de l’alphabet selon Ifâ offre aux humains la capacité d’obtenir des renseignements essentiels sur les arbres, les animaux, les eaux, les airs, et surtout sur les autres humains.

Cette lecture symbolique de l’environnement s’étend même à la destinée individuelle : dans plusieurs sociétés africaines, il est courant d’interpréter les lignes de la main d’un nouveau-né pour anticiper ses potentialités et sa trajectoire de vie.

Alphabet FâII.3. Éducation et niveaux d’initiation

De l’enfance à l’adolescence, les civilisations de l’aire Oba-Dan offrent la possibilité d’étudier les différents codes du Fâ, permettant à l’enfant de mieux comprendre la nature et l’utilité exacte de tout ce qui l’entoure, en vue d’une vie harmonieuse et équilibrée.

Dès la maîtrise des phalanges de ses mains, l’enfant est capable de communiquer avec l’univers, en réagissant aux signaux qui l’entourent, et d’identifier les Odù sur le corps des êtres qui l’entourent, pour un usage spécifique et contextualisé.

sacrifications, archives corporelles

Ces réalités, encore perceptibles dans le quotidien des civilisations africaines de l’aire Adja, Ké, Hun et Öyö, permettent d’inférer que, bien avant l’épopée de la traite esclavagiste, les sociétés coalisées au sein de l’aire Oba-Dan maîtrisaient déjà des systèmes hautement élaborés de lecture, de décodage et de transmission des savoirs.

Articulés autour des Odù, ces dispositifs peuvent être envisagés, par analogie, comme une forme d’alphabet à vocation universelle.

III. Les scarifications (Ohwuê) comme supports de savoir

III.1. Fonctions documentaires, prophylactiques et identitaires

Au sein des sociétés anciennes, il importe de souligner que les scarifications, désignées sous l’appellation Ohwuê, étaient antérieures à l’histoire de la déportation et n’entretenaient aucun lien initial avec celle-ci.

Ces marques corporelles étaient adoptées comme des dispositifs de communication et de transmission des savoirs, des moyens de prévention sanitaire — assimilables à des pratiques de vaccination endogène — ainsi que des outils d’identification des appartenances lignagères, territoriales et socio-culturelles.

Il convient de rappeler que ces sociétés utilisaient également les Ohwuê pour la conservation de la mémoire des figures emblématiques, notamment pour l’inscription biographique des personnalités ayant atteint un statut influent dans la hiérarchisation sociale.

Cette mémoire était articulée à la fois par les panégyriques claniques et par le système des pactes de sang, en lien avec les souvenirs relatifs aux Assanyin et leur association aux marques corporelles.

sacrifications, masque, archives corporelles

III.2. Structure du système des Assanyin

Les Assanyin désignent d’autres formes de conservation de la mémoire des figures emblématiques au sein de la société, fondées sur le rappel et la célébration des valeurs biographiques des individus.

Elles se matérialisent par des figures géométriques en ferraille, composées d’une ou de plusieurs parties cylindriques autour desquelles sont fixés des segments de longueur comprise entre zéro et un centimètre, chaque segment représentant un nom ancestral et retraçant la généalogie de l’ancêtre fondateur.

Pour appréhender le dispositif d’archivage mémoriel structuré autour des Assanyin, il convient de souligner que les segments, ou Ohwuê, rivés autour de la partie cylindrique supérieure incarnent l’identité des personnalités éminentes décédées appartenant aux premières générations du lignage.

Un privilège particulier est accordé aux ancêtres jumeaux, en raison de leurs capacités cultuelles spécifiques.

statuettes, jumeaux, Fâ
mausolée, Fâ, mémoire

IV. Ruptures esclavagistes et reconfiguration de la mémoire

IV.1. Des mausolées pillés au corps comme archive

Confrontées aux ruptures profondes engendrées par la période esclavagiste, ces sociétés ont opposé des formes de résistance fondées sur l’adaptation, la reconfiguration et la continuité des savoirs ancestraux.

Les systèmes de conservation de la mémoire et de l’histoire des défunts, pris pour cibles dès le XIVᵉ siècle, ont dû faire l’objet de stratégies de réadaptation.

Ces dernières ont conduit à une réorientation vers des supports considérés comme indélébiles, parmi lesquels le corps humain occupe une place prépondérante.

Face aux pillages des mausolées et autres lieux de culte, les chefs coutumiers et les dirigeants adoptèrent une stratégie consistant à transférer les noms des figures emblématiques sur le corps humain, au fur et à mesure que ces noms étaient gravés dans le système des Assanyin.

Tant qu’il subsisterait des rescapés, l’esclavage ne parviendrait pas à effacer la mémoire des déportés, malgré la dévastation des lieux de mémoire.

La conservation et la transmission des mémoires reposent dès lors sur trois systèmes complémentaires :

  • le système des Assanyin ;
  • le système de représentation des Ibédji (jumeaux), converti à la conservation mémorielle par la sculpture des portraits faciaux des résistants à travers les arts, sciences et rites Guêlêdê ;
  • les archives coporelles, c’est-à-dire le système de scarifications mémorielles sur les corps, tous articulés selon l’alphabet du Fâ.

V. Enquête contemporaine et base de données des Dahoméens déportés

V.1. Méthodologie de l’enquête (2013–2015)

Cette généalogie conceptuelle des archives corporelles et rituelles trouve un prolongement dans une enquête contemporaine menée entre 2013 et 2015.

Cette enquête a visé à documenter, décoder et restituer les traces de la traite négrière et des déportations à partir des panégyriques claniques et des scarifications encore lisibles dans certaines communautés héritières.

L’un des points centraux de cette démarche réside dans la lecture des scarifications en tant qu’écrits en alphabet Fâ, que seuls les hounbonon — bokonon des couvents, initiés aux disciplines supérieures du Fâ — sont en mesure de décoder de manière rigoureuse.

Le travail a consisté à croiser : relevés systématiques de scarifications, collecte de milliers de panégyriques, enquêtes généalogiques et interprétation des signes selon la grammaire du Fâ.

sacrifications, archives corporelles

V.2. La base symbole-amitie.com comme archive numérique

Ce travail a abouti à la constitution d’une base de données des Dahoméens déportés outre-Atlantique, accessible en ligne sur le site symbole-amitie.com.

Cette base rassemble environ 10 000 noms de Dahoméens, accompagnés d’informations individuelles ou claniques (appartenances lignagères, indices cultuels, éléments biographiques reconstitués à partir des codes corporels et des panégyriques).

Elle constitue une mise en forme numérique d’un corpus d’archives corporelles et orales, prolongeant sous une modalité moderne les principes de conservation de la mémoire élaborés par les systèmes du Fâ, des Assanyin et des arts Guêlêdê.

La base se présente ainsi comme un instrument de restitution mémorielle, permettant de relier des trajectoires de déportés à des matrices lignagères et cultuelles précises.

V.3. Prolongement visuel : le reportage projeté

La communication sera suivie de la projection d’un reportage télévisé consacré à ce travail de terrain, à la lecture des scarifications et à la construction de la base de données.

Ce documentaire permettra à l’auditoire de visualiser concrètement le processus d’enquête : relevés de marques corporelles, entretiens, décodage en alphabet Fâ, puis translation des données dans un outil informatique de consultation.

Conclusion

Il s’agit, en définitive, d’un état des lieux des principales pratiques mémorielles, rituelles et cosmo-techniques développées par les peuples coalisés de l’aire Oba-Dan depuis des temps immémoriaux, antérieurs à l’ère esclavagiste.

Confrontées aux ruptures profondes engendrées par l’esclavage, ces sociétés ont opposé des formes de résistance fondées sur l’adaptation, la reconfiguration et la continuité des savoirs ancestraux, jusqu’aux formes contemporaines d’archivage numérique.

Je vous remercie.

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Culture et histoire

La guerre Toffa-Béhanzin : villes comptoirs, Agouda et coalition « Porto-Belge »

Vérité des causes fondatrices : croiser historiographie écrite et traditions orales des villes comptoirs (XVIᵉ–XIXᵉ siècles)

Introduction

Il s’agit d’une page très sombre de l’histoire que nous devons illustrer à tout prix, non pas pour l’unité nationale ni pour la cohésion, mais pour la vérité autour des causes fondatrices de cette guerre. C’est ici le lieu de faire savoir aux peuples porto-noviens, ouidahniens, aboméens et alladaniens que vous devez avoir le courage de faire face à l’histoire sans vouloir la confondre avec celle des anciens peuples de l’actuel Bénin. Il s’agit des peuples Houéda, des Adanhounsa, Dan et des peuples Akron qui ont été dévastés par les Européens pour devenir respectivement Ouidah, Allada, Danhomèy et Hongbonou (Porte de non-retour), puis plus tard Porto-Novo.

Depuis 2006, l’association Symbole Amitié a recueilli et retranscrit plusieurs milliers de récits oraux (panégyriques claniques, chants vodoun, récits de lignage) dans tout le bassin de l’Ouémé, constituant un corpus exploité pour une base de données sur les Dahoméens déportés outre-Atlantique, accessible en ligne (www.symbole-amitie.com). Cet article croise systématiquement historiographie écrite et traditions orales pour restituer la complexité des villes comptoirs, de la traite et des guerres franco-dahoméennes.

I. Statut négrier et population des villes comptoirs

Niveau dans la ville comptoir Tradition orale (récits locaux) Sources écrites (historiens comme Law)
Niveau supérieur Métis Agouda : descendants d’unions entre Européens et femmes captives noires, considérés comme « colons » et présentés comme ceux qui dirigent l’administration des villes comptoirs et donnent les ordres. Roi de Dahomey et représentants européens : le pouvoir officiel est exercé par le roi (Abomey) qui contrôle la ville, et par les chefs des forts européens (gouverneurs, résidents, capitaines) installés sur la côte.
Niveau militaire Noirs « colons » : anciens captifs noirs promus au rang de chefs militaires (généraux, commandants) chargés de mener les opérations de capture, de maintien de l’ordre et de répression au nom des Agouda et des Européens. Intermédiaires africains locaux : chefs de guerre, courtiers et notables africains qui servent d’intermédiaires entre le roi, les forts européens et les populations, en organisant le commerce des captifs et la sécurité.
Niveau subalterne Captifs armés : hommes capturés, armés et utilisés comme soldats ou auxiliaires, participant aux razzias et à la garde des prisons (captiveries), tout en restant dans une position précaire. Populations en transit et habitants ordinaires : captifs en transit vers la côte, familles installées près des forts, artisans et habitants des quartiers africains qui subissent les décisions politiques et militaires.

Tableau 1 : Hiérarchie ville comptoir (comparaison tradition orale / historiographie)

L’histoire voudra que l’on prenne en compte le statut négrier de ces villes comptoirs dont la population exclusivement militaire pourrait être évaluée entre 2 000 à 3 000 hommes par ville comptoir. Cette population autrefois coutumière était arrachée en majorité aux royaumes endogènes que sont Ashantis, Ibos, Dogon, Peulhs, Djema, Mogobri, etc., cohabitant les régions attribuées à la cartographie coloniale de l’Afrique de l’Ouest.

En effet, cette population des villes comptoirs était dirigée par une administration négrière composée des missionnaires dont :

  • des prêtres de l’église catholique ;
  • des généraux de l’armée européenne ;
  • des capitaines de bateaux.

Les villes comptoirs – Allada, Porto-Novo et Abomey – bénéficiant des mêmes statuts négriers sur les côtes du golfe de Bénin auraient entretenu des rapports de cohésion militaire entre elles pendant plus d’un siècle, jusqu’à l’arrivée des compagnies françaises.

II. Panégyriques claniques et origines des peuplements

Une partie du panégyrique clanique des Sahovi Zanhouënou, consacré à la mémoire des résistances et datant de la première moitié du XVIᵉ siècle, rapporte comment les révoltes pour la liberté du peuple d’Oba-Dan ont échoué à cause de la fraternité développée entre ces villes comptoirs. D’autres archives endogènes d’ordre coutumier soutiennent les appartenances « Portugo-Belges » des peuplements de ces trois villes comptoirs bien avant l’arrivée des compagnies françaises sur les côtes d’Oba-Dan, abusivement désigné par la côte des esclaves. Note : « Porto-Belge » : expression endogène non attestée historiographiquement (probable synthèse mémorielle influences portugaises/hollandaises/anglaises). Préservée comme reconstruction locale.

C’est une ligne historique qui retrace le parcours des Agouda et celui des Colons de l’actuel Bénin. Est-ce utile de préciser à cette étape que le mot « Colon » signifie en langue hun ou gun un captif noir qualifié pour l’occupation d’une fonction dans l’administration militaire d’une ville comptoir ?

III. Constitution administrative et priorité aux métissages

La constitution administrative des villes comptoirs accordait une priorité absolue aux descendances mixtes, c’est-à-dire à des enfants métis nés d’une captive noire et d’un capitaine blanc, et cela pour deux raisons :

  • Les naissances mixtes étaient vite initiées à la langue européenne (portugais, allemand et plus tard français) ;
  • Ces naissances n’ont aucune relation particulière avec le monde extérieur, c’est-à-dire les peuples autochtones, et c’est là le point focal de leur éducation militaire au profit de l’arrachement et de la traite des Noirs.

Les traditions orales décrivent une organisation des villes comptoirs en au moins quarante quartiers comprenant camps militaires, marchés, prisons (« captiveries »), écoles missionnaires tardives et églises catholiques.. Une administration y régnait avec deux couloirs hiérarchiques : la hiérarchie purement européenne constituée des Blancs et la hiérarchie purement noire constituée des anciens captifs qualifiés pour la fonction de généraux de l’armée, lesquels opéraient sous ordres d’une corporation des enfants métis, c’est-à-dire des hommes et des femmes dont l’un des deux parents était un Blanc.

Il s’agit là de la généalogie des « Agouda » qui sont à la fois des « colons » tels que Do-Santos, d’Oliveira, Da-Costa, Da-Silva, D’Almeida, Do-Rego et plus tard De-Souza. La croissance de cette lignée des métis dans les villes comptoirs a joué un rôle constamment nocif contre les révoltes africaines à travers le développement d’une confusion restée longuement meurtrière pour les peuples envahis. Sans quoi la différence des couleurs de peau (Blancs et Noirs) exposait les Européens et limitait la rentabilité de l’arrachement, avec des conséquences lourdes pour les capitaines de bateaux qui allaient de côte en côte avec des canots de petites tornades en assumant eux-mêmes les différentes fonctions de l’arrachement.

IV. Chants vodoun et confusion raciale

En dehors des panégyriques claniques qui exposent des détails approfondis sur cette préface de l’envahissement des côtes du fleuve Ouémé par les négriers, il y a des chants de souvenirs qui ravivent cette mémoire à l’occasion des rites vodoun encore d’actualité dans l’actuel Bénin.

Le titre « Olo kpo do houékpo », chanté dans le quotidien de la mémoire collective au Dahomey (Bénin), exprime combien la couleur des peaux sur fond de métissage a été un support non négligeable dans le mécanisme de l’arrachement au profit des villes comptoirs. Les vedettes des couvents, à travers ce titre, mettent en scène une trahison au sein d’un marigot cohabité par le poisson et le caïman malgré les accords de non-agressivité et les alliances de sang qui les unissaient pour contrer les attaques extérieures.

La politique des métissages a donc créé une confusion raciale qui a servi la cohésion entre les Européens de souche et les Européens nés dans les villes comptoirs. Cette confusion, sur fond d’illusion raciale avant tout, a été un ciment de cohésion raciale entre les populations métisses des trois villes comptoirs européennes qui se partageaient la géographie de l’actuel Dahomey (Bénin) sous couvert de la puissance militaire des comptoirs d’Öyö.

V. Titres usurpés et stratégies d’infiltration

Pour affronter les difficultés linguistiques pendant les opérations de pillage, la haute hiérarchie négrière attribuait des postes de commandement militaire aux descendances de souches entièrement noires, portant des titres purement locaux. On désignait un commandant de compagnie militaire par des patronymes tels que « Dada » ou « Mitö », qui signifient « roi ou chef de terre » dans les langues locales aïzö et gun de l’ex-Oba-Dan, l’actuel Bénin.

Pendant les esclavages, il y avait de ces titres usurpés qui avaient concouru frauduleusement à la déstabilisation des pouvoirs coutumiers dans la sous-région. Un oba ou un roi coutumièrement consacré par des chefs traditionnels pouvait recevoir et loger sans rendre compte un émissaire mandaté par les forces esclavagistes d’une ville comptoir, car ceux-ci parlaient au nom des véritables rois après la prise en otage et la déportation de ces derniers.

Le royaume de Kétou a subi cette stratégie en hébergeant inconsciemment des soldats de la ville comptoir d’Abomey, mandatés pour l’enlèvement du roi et le pillage de la porte mystique du palais, dorénavant célèbre sous l’appellation de « Akaba Idena ». L’histoire raconte que les premiers militaires d’Abomey s’étaient infiltrés dans le palais sous couvert du titre de coursiers d’un autre roi nago. Au nombre de deux, ils avaient reçu l’hospitalité royale suivant les coutumes nago, bénéficiant du droit d’hébergement pour une nuitée dans les résidences d’accueil à l’entrée extérieure des palais royaux, selon les principes architecturaux yoruba.

Le manque de renseignements efficaces sur la stratégie militaire et l’inattention au statut d’état-civil de la population des villes comptoirs sont indexés comme coefficients réducteurs des puissances endogènes face à la déportation. Il s’agit d’un climat dévastateur qui a duré plus de quatre cents ans contre les démographies coutumières au-dessus desquelles régnaient auparavant plusieurs sous-États traditionnels avec des pouvoirs intimement ancestraux jusqu’à l’avènement précolonial.

VI. Tournoi des compagnies négrières et violation des traités

Les événements précoloniaux sur les côtes du golfe de Guinée, y compris le Dahomey, ont été un tournoi commercial au cours duquel des compagnies négrières se sont combattues par les armes pour conquérir de nouvelles terres, élargir la superficie initiale et la politique militaire de leurs villes comptoirs respectives vers les pouvoirs locaux qui résistaient rigoureusement contre la présence négrière sur leurs territoires coutumiers.

Il n’est donc pas efficace d’illustrer la page d’histoire sur un conflit entre deux villes comptoirs sans prendre en compte les différends économiques entre les compagnies négrières qui se partageaient la géographie occupée par des royaumes coutumiers (Yoruba, Peulhs, Dogon, Ashantis) depuis les déclins respectifs de Bornu, Öyö, Mossi et Sosso. L’opposition entre compagnies négrières a été possible grâce à la violation des traités et accords commerciaux régissant leurs rapports autour de la gestion des frontières terrestres.

La violation des accords de cession de Porto-Novo, connue sous le « Traité d’amitié et de commerce, conclu à Abomey le 1ᵉʳ juillet 1851 entre la France et le roi de Dahomey » (Recueil des traités de la France, t. VI), par l’administration française ayant en charge la ville comptoir de Porto-Novo au sud de l’actuel Bénin, déclenche le coup d’envoi de la première et de la deuxième guerre entre elle et la coalition « Portugo-Belge » qui administrait le comptoir d’Abomey.

VII. Critique méthodologique des traités et rois « fabriqués »

Avant de retenir que les traités ont été signés par des rois libres et sans l’ordre de l’administration Porto-Belge qui gérait la ville comptoir d’Abomey à cette époque comme leurs propriétés exclusives, il faudrait réviser avec un esprit critique la fonction du conseil d’administration des villes comptoirs. Qui étaient les Agouda et quel rôle jouaient-ils aux côtés des rois fabriqués et soutenus par les puissances militaires européennes pendant les esclavages ? Le territoire ou la ville comptoir de Porto-Novo appartenait à qui en 1600, et comment un roi pouvait-il vendre une terre aux étrangers qui déportaient des humains ? Quel était l’effectif des hommes de l’armée militaire de chaque compagnie avant les guerres de la colonisation ?

Tout chapitre dédié à un conflit entre deux rois de villes comptoirs doit répondre nécessairement à ces questions de méthode, ne serait-ce que pour situer les responsabilités vis-à-vis des intérêts en jeu. L’histoire d’une trahison entre les villes comptoirs de Porto-Novo et Abomey pendant la colonisation française du Dahomey mérite d’être expliquée avec un fond réel au profit de la cohésion sociale entre les générations montantes des communautés sœurs de l’ex-Oba-Dan, plus tard Dahomey (Bénin).

Aucun traité ne pourrait être signé entre deux colons (deux descendants noirs en fonctions dans le système esclavagiste) pour attribuer le droit d’exploitation des terres et des ressources à une compagnie européenne en face de l’autre. Il ne s’agit pas d’une affirmation gratuite mais de la nature des réalités depuis la nuit des temps jusqu’à présent : il suffit de prendre en compte la gestion qui est faite du pouvoir colonial entre les chefs d’État africains et la France ou les autres puissances européennes présentes en Afrique à travers la colonisation.

VIII. Archives européennes et origines des armées

Camp Chef apparent (historiographie classique) Identité selon tradition orale Soutiens militaires (oral) Composition réelle (archives)
Béhanzin (Abomey) Béhanzin : roi Dahomey, héros anti-français Relais coalition « Porto-Belge » gérant Abomey Généraux hollandais/allemands (héritage comptoirs) Amazones + mercenaires européens multinationaux
Toffa (Porto-Novo) Toffa : roi Porto-Novo, allié français Descendant Agouda/colons (Do-Santos, De-Souza) Captifs Djoula/Sénopho/Ibo (« Sénégalais ») Tirailleurs Dodds + captifs ouest-africains

Tableau 2 : Composition des armées 1890–1894 (comparaison tradition orale / historiographie)
Clé : la tradition orale voit Toffa comme descendant Agouda (lignée métisse de villes comptoirs)

Illustration.
Portrait du roi par Abel Tynaire publié dans le The Illustrated London News le 3 décembre 1892

Les archives antérieures disponibles sur les deux guerres de colonisation opposant la France à la coalition « Portugo-Belge » mettent en opposition deux descendants de villes comptoirs – Toffa et Béhanzin – sans exposer les causes fondamentales et les intérêts commerciaux qui les ont poussés, en tant que puissances étrangères, à se livrer des attaques sur le sol d’Oba-Dan (Dahomey). C’est à croire que les archives européennes soustraient à l’histoire les appartenances socio-esclavagistes de Toffa et de Béhanzin, facilitant l’affirmation que les rois noirs ont vendu leurs descendants pendant le commerce triangulaire.

Légende : Le Petit Parisien du 17 avril 1892. L’un des nombreux articles de propagande publiés dans la presse française

Si les querelles entre compagnies négrières datant de l’esclavage n’ont pas impacté le passage de l’esclavage à la colonisation, comment expliquer les blocus ayant favorisé les trafics d’armes vers le Dahomey pendant les affrontements entre compagnies négrières ? Un croisement de données entre archives européennes, sources orales et archives des couvents vodoun permet d’identifier l’origine de certains soldats esclavagistes passés de l’esclavage à la colonisation.

L’armée portugaise, au-devant de laquelle l’histoire erronée place Béhanzin comme héros de la résistance, comptait des généraux hollandais et allemands, tandis que l’armée française, au-devant de laquelle la même histoire place Toffa comme signataire de protectorat, comptait des captifs Djoula, Sénopho, Ibo considérés comme Sénégalais, avec à leur tête des généraux dont Alfred Amédée Dodds.

Peut-on parler véritablement de la trahison de Toffa envers Béhanzin ?

Date Événement principal Sources écrites Sources orales Contexte clé
XVIᵉ s. Sahovi Zanhouënou : premières révoltes Oba-Dan Panégyriques claniques Fraternité Allada/Porto-Novo/Abomey → échec résistances
~1600 Origines Porto-Novo Tradition locale Question propriété terre/royaume coutumier ?
1724 Conquête Allada par Dahomey Law, Ouidah (2004) Début contrôle fon littoral
1727 Conquête Ouidah par Dahomey Law, Ouidah (2004) Monopole traite côtière
XVIIIᵉ s. Apogée traite atlantique Verger, Flux et reflux (1968) Symbole Amitié (2006–25) Forts PT/FR/GB/NL/DE, hiérarchie métisse, 40 quartiers
1851 Traité Abomey (1ᵉʳ juillet) Recueil traités France t. VI Violation par administration Porto-Novo
1890 1ᵉʳ guerre franco-dahoméenne Araujo, History in Focus (2005) Attaque Porto-Novo, prise Ouidah
1892–94 2ᵉ guerre : coalition « Porto-Belge » vs France Dodds archives Chants vodoun Défaite Béhanzin → Colonie Dahomey

Frise chronologique : Villes comptoirs, traite et guerres franco-dahoméennes

Hiérarchie villes comptoirs Dahomey : métis Agouda, coalition Porto-Belge

Bibliographie

Sources écrites et travaux secondaires

Araujo, Ana Lucia. « Political Uses of Memories of Slavery in the Republic of Benin ». History in Focus, n° 12, 2005. https://archives.history.ac.uk/history-in-focus/Slavery/articles/araujo.html.
Law, Robin. Ouidah : The Social History of a West African Slaving Port, 1727–1892. Oxford : James Currey ; Athens : Ohio University Press, 2004.
Verger, Pierre. Flux et reflux de la traite des nègres entre le golfe de Bénin et Bahia de Todos os Santos, du XVII au XIXe siècle. Paris : Mouton, 1968.
Vansina, Jan. Oral Tradition as History. Madison : University of Wisconsin Press, 1985.
« Ouidah ». Slavery and Remembrancehttps://slaveryandremembrance.org/articles/article/?id=A0120.
« The Afro-Brazilian Legacy in the Bight of Benin ». Pambazuka News, 23 juillet 2013. https://www.pambazuka.org/afro-brazilian-legacy-bight-benin.
Mokwete, H. K. « Aguda/Afro-Brazilian Architectural Heritage in the Bight of Benin ». Canadian Journal of African Studies, 2025.
« Traité d’amitié et de commerce conclu à Abomey le 1ᵉʳ juillet 1851 entre la France et le roi de Dahomey ». Recueil des traités de la France, t. VI. https://mjp.univ-perp.fr/constit/bj1841.htm#1851.

Sources orales

Association Symbole Amitié. Corpus de traditions orales du bassin de l’Ouémé (Bénin) : panégyriques claniques (dont Sahovi Zanhouënou, XVIᵉ siècle), chants vodoun (« Olo kpo do houékpo »), récits de lignage. Collectés et retranscrits 2006–2025 (fon, gun, aïzö). Base de données des Dahoméens captifs déportés en esclavage : www.symbole-amitie.com.

 

 

SUITE
Culture et histoire

Journées de Restitution des Archives Endogènes sur les Résistances Africaines

Du local au global – Redécouvrir la mémoire du Wémè et des civilisations africaines anciennes

Les Journées de Restitution des Archives Endogènes sur les Résistances Africaines s’inscrivent dans une démarche de réhabilitation historique et mémorielle. Ce colloque a pour objectif de redonner la parole aux sources africaines, longtemps déformées ou occultées par les récits coloniaux.

restitution des archives endogènes

Contexte et justification de la restitution des archives endogènes

L’ancien État du Wémè, situé aujourd’hui entre la République du Bénin et la République fédérale du Nigeria, fut l’un des foyers majeurs de civilisation en Afrique de l’Ouest avant l’expansion coloniale. Pourtant, son histoire a subi de profondes altérations : confusions géographiques, silences imposés, et interprétations biaisées issues des rapports militaires et des écrits coloniaux produits entre le XIVᵉ et le XIXᵉ siècle.
Ces récits, souvent rédigés à des fins de domination, ont participé à l’effacement de la mémoire des résistants africains et à la déconstruction des systèmes identitaires qui structuraient les grands royaumes et chefferies du continent. Aujourd’hui encore, des institutions et discours officiels s’appuient sur des archives partielles, au détriment de la richesse des traditions orales et des sources endogènes.
Face à ces distorsions, la civilisation de la vallée du Wémè – deuxième plus grande vallée fluviale d’Afrique après celle du Nil – appelle à une réévaluation de son patrimoine matériel et immatériel. Ce colloque se veut un espace de restitution, de recherche et de dialogue autour des mémoires africaines, de la traite, de la déportation et des formes de résistance.

Objectifs scientifiques et méthodologiques

L’objectif central du colloque est de redéfinir la cartographie ethno-civilisationnelle du pays Wémè et, plus largement, de contribuer à la réappropriation critique de l’histoire africaine par les Africains eux-mêmes.
Les travaux s’articuleront autour d’une approche pluridisciplinaire associant historiens, anthropologues, linguistes, archivistes, chercheurs en généalogie, mais aussi gardiens de la mémoire, reines mères et patriarches.
Les axes principaux incluent :
L’analyse critique des archives coloniales et des sources locales relatives aux peuplements du Wémè ;
L’étude des structures fluviales (chenaux, ports, zones de passage) construites par la main-d’œuvre esclavagisée ;
L’analyse des migrations et des transformations sociales postérieures à l’effondrement des royaumes ;
L’examen du destin des déportés et de la dispersion du patrimoine culturel et spirituel du Wémè à travers le monde afro-descendant.

Contributions attendues

Le colloque réunira des chercheurs, historiens, anthropologues, ainsi que des représentants des communautés caribéennes et afro-américaines, des patriarches, reines mères et chefs coutumiers.
Ces échanges permettront d’enrichir la connaissance du Wémè et de formuler des propositions concrètes pour la restitution des archives endogènes, qu’elles soient orales, matérielles ou symboliques.

Un outil de mémoire : le questionnaire de restitution

Dans le prolongement du colloque, un questionnaire scientifique et pédagogique a été élaboré afin de collecter des données historiques auprès des royaumes, chefferies et familles royales africaines.
Cet outil vise à reconstituer la mémoire des ancêtres fondateurs, des dynasties royales, des chefferies coutumières et des initiés déportés au temps des esclavages.
Le questionnaire comprend trois catégories principales :
1. Royaumes endogènes – retraçant la généalogie, les lignées royales, les guerres et les résistances ;
2. Chefferies traditionnelles – explorant les structures communautaires, cultuelles et territoriales ;
3. Reines mères et femmes coutumières – valorisant la transmission orale et la mémoire féminine dans la préservation des panégyriques claniques.
Ces questionnaires permettront de recueillir les témoignages vivants, d’identifier les objets sacrés dispersés ou volés, et de documenter les rites mémoriels dédiés aux déportés. Ils constituent une étape essentielle vers la constitution d’archives africaines endogènes, authentiques et participatives.

Du local au global : une mémoire partagée

En articulant les savoirs locaux et les recherches universitaires internationales, les Journées de Restitution des Archives Endogènes offrent une plateforme inédite pour reconnecter les peuples africains et afro-descendants autour d’une mémoire commune.
Cette démarche du local au global ambitionne de transmettre aux générations futures une histoire fidèle, ancrée dans les réalités africaines et ouverte sur le monde.
Contexte justificatif.
L’ancien État du Wémè, antérieur à l’empire d’Oban-Dan et situé aujourd’hui entre la République fédérale du Nigeria et la République du Bénin, fait l’objet de profondes distorsions historiques et de confusions géographiques. Ces altérations sont issues des phénomènes d’arrachement, de déportation et de colonisation qui ont marqué, souvent violemment, l’ensemble des civilisations noires.
À titre d’instrument de domination, de nombreux idéologues, cartographes coloniaux et auteurs européens se sont appuyés sur des rapports militaires produits durant les déportations, ainsi que sur la complicité de certains métis afro-européens présents dans les comptoirs commerciaux d’Afrique noire entre le XIVᵉ et le XIXᵉ siècle. Leur objectif implicite était de redéfinir une Afrique reconstruite, en effaçant la mémoire des résistants et en altérant la pensée et les modes de vie de ces civilisations anciennes.
Aujourd’hui, des institutions publiques et privées s’unissent pour imposer un discours colonial fondé sur des archives tronquées, ignorant les systèmes d’appartenance socio-identitaires qui structuraient les grandes civilisations africaines.
La civilisation de la vallée du Wémè, deuxième plus grande vallée fluviale d’Afrique après celle du Nil, nécessite une réévaluation de sa mémoire matérielle et immatérielle. Il s’agit de restituer la vérité historique concernant les périodes de déportation et d’esclavage, et d’envisager les dimensions généalogiques et territoriales liées à d’éventuelles restitutions.
OBJECTIFS SCIENTIFIQUES ET MÉTHODOLOGIE
Ce colloque vise à redéfinir la cartographie ethno-civilisationnelle du pays Wémè à travers une approche pluridisciplinaire. Une attention particulière sera portée à :
• L’analyse critique des documents coloniaux et des archives locales relatives à l’histoire des peuplements de la région ;
• L’étude des côtes de la rive Ouémé et des chenaux construits par la main-d’œuvre esclavagiste ;
• L’analyse des migrations postérieures à l’effondrement des royaumes ;
• L’examen du sort des déportés, de leur adaptation et de la dispersion du patrimoine culturel du Wémè.

CONTRIBUTIONS ATTENDUES

Les chercheurs, historiens, anthropologues, ainsi que les représentants des communautés caribéennes et afro-américaines, les patriarches et reines mères, seront invités à partager leurs travaux et leurs témoignages. Leurs contributions permettront d’enrichir les connaissances sur le Wémè et de proposer des pistes pour une réappropriation critique de son histoire.
Questionnaire:
Le présent questionnaire, élaboré dans le cadre des Journées de restitution des archives endogènes sur les résistances africaines, constitue un outil pédagogique destiné à faciliter la collecte et l’organisation des données historiques relatives aux peuples noirs avant, pendant et après la traite esclavagiste. Cette démarche, du local au global, vise à transmettre aux générations futures une mémoire structurée et fidèle.
 Trois catégories de questionnaires ont été établies :
1. Pour les royaumes endogènes ;
2. Pour les chefferies traditionnelles ;
3. Pour les reines mères, reines et patriarches des sociétés coutumières.
Questionnaire Catégorie A.
Qui est l’ancêtre fondateur de votre royaume ?
Où  vivait-il et pourquoi ce départ de la terre natale pour une nouvelle destination ?
A-t-il régné comme un roi ou un guerrier ?
S’il a été à la fois guerrier et roi, combien d’hommes et de femmes constituaient son armée ?
S’agit-il d’une armée militaire moderne ou d’une armée traditionnelle et souveraine ?
a- s’il s’agit d’une armée militaire moderne comment cette armée obtenait-elle les armes à feu ?
b- s’il s’agit d’une armée traditionnelle et souveraine par quel moyen cette armée résistait-elle face aux adversaires ?
 Qui  étaient les adversaires de votre royaume ?
a- d’où venaient-ils?
b- Pourquoi ?
 Existe-t-il un lieu de formation des hommes et des femmes avant leur intégration à cette armée?
a- comment appelle-t-on cet endroit et où se situe-t-il de nos jours ?
b- comment cet endroit était protégé
c- Comment appelle-t-on le corps qui protégeait un endroit de formation des hommes et des femmes qui défendaient la patrie ou le royaume à cette époque ?
En quelle année aviez-vous appris l’histoire de la fondation de votre royaume ?
a- Connaissez-vous à peu près l’âge de votre source de renseignements sur cette histoire ?
b- Quel était le statut religieux de votre source :
1- Animiste?
2- Chrétien?
3 – Musulman ?
Êtes-vous un roi ou un régent sur le trône de votre ancêtre ?
a- Si Oui, que détenez-vous comme patrimoines pouvant certifié les données relatées ci-haut? (Joindre une photo de ces patrimoines à votre réponse aux questionnaires)
b- Aviez-vous d’autres documents importants sur votre royauté ?
c- Sinon comment pensez-vous écrire ou archiver l’histoire de ce royaume ?
De la Fondation jusqu’à vous, combien de rois se sont succédés sur ce trône ?
Parmi vos prédécesseurs, il y en a de rois déportés ?
a- Qui par exemple ?
b- En quelle année ?
c- Par qui ?
d- Dans quelle région du continent noir d’après la géographie et les pays actuels d’Afrique?
e- Aviez-vous recherché une fois à savoir le pays d’accueil de ce roi déporté ?
Votre royauté a-t-elle des archives précieuses sur la mémoire des déportés ?
Saviez-vous que les africains déportés ont fondé des familles dans leur nouveau monde ?
votre royaume compte combien de principautés?
Quelles sont les chefferies coutumières qui organisent chacune de ces principautés ?
Que pensez-vous du projet de la restitution des archives Endogènes sur les résistances Africaines ?
Aviez-vous un projet de rédaction de l’histoire de votre trône royal ?
Questionnaire Catégorie B-1
Quelles sont les différentes Collectivités qui composent votre royaume?
Saviez-vous qu’un royaume est un état coutumier défini par un collectif  compris entre sept (07) à quarante-et-une (41) principautés ?
a- Quelles sont les principautés de votre royaume et où peut-on les rencontrer au Bénin, En Afrique et dans le monde si possible ?
b- Pouvez-vous nommer le nom des différents chefs de cultes Vodounon   qui se sont succédé au trône de chacune de ces principautés ?
c- Pensez-vous que votre royauté a perdu de ses territoires pendant des détachements ou lors des migrations ?
d- Quelles relations entretenez-vous entre les territoires ou les principautés extérieures de votre royaume dans le monde ?
Comment le conseil royal se compose-t-il dans votre localité ? Combien de femmes (reines-mères ou Tangninon) ? Combien de reines (Ahössi) ? et combien de patriarches (Houétö ou Daa) ?
Quelles sont les divinités claniques qui constituent la force vive de votre royaume ?
a- Ces divinités sont-elles des forces de défense de la cité ?
b- Si oui, comment ?
c- Combien d’hommes et de femmes initiait-on dans le couvent de ces divinités par an ?
d- Quelle est la tranche d’âge des initiés ?
Si l’esclavage confirme avoir déporté des hommes et des femmes et qu’à cette époque il n’existait pas des religions importées, d’après vous, peut-on conclure que les déportés ont été en majorité des initiés du Vodoun ?
a- Connaissez-vous quelques noms d’initiés ou d’adeptes de vodoun perdus ou arrachés par la déportation ?
b- Que saviez-vous des succès et des échecs de l’armée de votre royaume face aux négriers ?
c- votre royaume a-t-il connu d’apogée ?
d- Pendant combien cet apogée a-t-il duré ?
e- Que sont devenus les Hounsi c’est-à-dire les adeptes de Vodoun et quel a été le sort des successions au trône des Vodounnon pendant et après la période d’apogée ?
 Des milliers de royaumes ont été dévastés par l’esclavage, des pillages ont eu lieu, des familles ont été déportées.
a- connaissez-vous des objets qui ont été arrachés à votre ancêtre ?
b- Quelle gestion est faite des objets sacrés dans vos principautés ?
c- Par quelle méthode la protection des objets et celle des forêts sacrées est-elle assurée dans l’intimité ancestrale chez votre royaume ?
Questionnaire Catégorie B-2
7.Avez-vous un récit ou un témoignage recueilli sur l’arrachement de vos ancêtres ou de vos biens au temps des esclavages?
a- comment avez-vous conservé ce récit ou témoignage ?
b- En admettant que l’esclavage a été une humiliation déshumanisante pour les peuples qui l’ont subi, pourquoi avez-vous jugé utile de conserver cette mémoire?
c- En parlez-vous avec plaisir ou avec mépris auprès de vos sujets ?
d- Parler de la déportation d’un chef de famille a-t-il suscité des frustrations pour vous ou pour une honte par extension?
8. Dans certaines principautés les couvents ont été des hauts lieux de conservations d’objets sacrés lesquels ont des intimités avec la généalogie.
a- Quelle conservation faites-vous des objets intimes présents dans les couvents endogènes de vos principautés et de votre royaume ?
b- Quelle année ou quelle période d’existence pourriez-vous attribuer à chacun de ces objets?
9. Quels sont les évènements coutumiers qui ont lieu chaque année dans un état d’esprit collectif au sein de vos principautés et quelle est la raison fondamentale de chacun de ces événements ?
a- quelle est la participation des chefs coutumiers et quelle est la participation des territoires voisins à l’organisation de ces événements ?
b- Existe-t-il un évènement particulier qui est destiné à la mémoire des morts et des déportés au sein de vos principautés ?
c- À quelle moment de l’année cet événement est-il célébré ?
d- pensez-vous que des enfants de déportés africains peuvent y participer pour les prochaines éditions ?
10- S’il existe véritablement des évènements coutumiers qui sont dédiés aux morts et à la mémoire de déportés dans vos royaumes et principautés, comment souvenez-vous du nom de ces ancêtres déportés ?
a- Est-ce à travers la déclamation des panégyriques claniques ou coutumiers ?
b- Est-ce à travers l’exposition des crânes ou des Assanyin (Assin) ?
c- Est-ce à travers des transmissions de récits suivant l’oralité ?
11- Dans certains Clans, dans certaines traditions du Bénin, du Togo et du Nigéria, il existe plusieurs systèmes d’archivage de la mémoire des déportés :
a- lequel système d’archivage de données historiques est populaire ou actif dans votre principauté ?
b- Qui sont les conservateurs de la mémoire et de l’histoire dans votre principautés et comment les appelle-t-on dans votre langue maternelle ?
c- Existe-t-il un document écrit sur l’histoire de votre royaume ?
12- Pourriez-vous partager l’histoire de votre royaume avec le monde ?
13- Aviez-vous bénéficié d’assistance extérieure pour répondre à ces interrogations sur l’histoire de votre royaume de la genèse jusqu’à vous ?
Questionnaire Catégorie B-3
Comment désigne-t-on le clan de votre époux ?
Connaissez-vous les panégyriques claniques de votre belle famille ?
Quel rapport a-t-il avec les clans voisins ?
En tant qu’épouse d’une famille royale, aviez-vous participé à la restitution des panégyriques claniques de cette famille ?
À quelle occasion ?
a- À l’occasion des cultes d’enlèvement de deuil existe-t-il un collectif des femmes mariées qui s’unissent pour déclamer des panégyriques claniques moyennant des dons ou des remerciements ?
b-À quel moment les femmes mariées de cette collectivité se réunissent-elles pour réactualiser les panégyriques claniques du clan ?
c- Comment sont dirigées les séances de recyclage ou de réactualisation des panégyriques claniques dans votre principauté ou collectivité ?
Combien de femmes initiées aux cultes endogènes compte le collectif des femmes mariées et qui sont membres de votre équipe ou groupe de femmes rattachées aux valeurs coutumières de votre belle famille ou de votre famille si vous êtes une reines-mères ?
Récitez par écrit quelques noms figurant dans le générique du panégyrique clanique de votre belle famille et de votre famille.
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Symbole de l'amitié - la communicationCulture et histoire

Appel à partenariat

Appel à partenariat

Titre du Projet

Organisation de la deuxième édition du Festival international et du colloque scientifique intitulé : ’’Mitöhouindo, vodoun comme première force de résistance des africains esclavagisés’’.

Le démarrage de la deuxième édition du festival international et de son colloque scientifique conjoint est fixé pour le mercredi 23 au jeudi 31 mai 2018.

Structure en charge :

ONG Symbole de l’amitié/ N° : 2014/060/SC/STCCD/SA du 5 mai 2014
Siège social : Akpro-Missérété/Vakon-gbo-M/Bernard-Copé/Arrondi de Vakon
Tél : (+229) 97 165 381 / 97 059 382 / 97 891 833
Site internet : www.symbole-amitie.com
email : contact@symbole-amitie.com
COORDONNÉES BANCAIRES: IBAN (International Bank Account Number); BJ 067 01508 508100000819 84, Code SWIFT/BIC: COBB BJBJ

Objectif du Projet

Le festival International et le colloque scientifique : ’’Mitöhouindo, vodoun comme première force des africains esclavagisés“ sont deux activités conjointes organisées annuellement par l’organisation non gouvernementale Symbole de l’Amitié, en collaboration avec des chefs de cultes endogènes, des patriarches, des rois du Bénin, Nigéria et Togo ; sous le haut patronage d’un comité scientifique international pour inventorier les patrimoines immatériels et matériels de la mémoire et de l’histoire de l’esclavage transatlantique au Bénin. Ses activités durent une semaine et rassemblent étudiants, anthropologues, psychiatres, prêtres et adeptes des cultes endogènes, archéologues, musiciens, artisans, poètes, cinématographes, historiens, juges, rois et enfin patriarches africains qui sont les gardiens des mausolées. Tout ce monde est mis en relation pour la concomitance et la réflexion autour des objectifs histoire et culture de l’Afrique et de sa diaspora. Le festival qui précède le colloque comporte des rubriques tels que :

Démonstrations et danses sur des musiques ancestrales

o Le défilé des différents groupes d’artistes traditionnels et des adeptes de cultes endogènes
o Adjogan, musique royale
o Sattö, musique mémoriel d’enlèvement de deuil pour des africains arrachés, esclavagisés et inhumés sans respect des pactes ancestraux
o Echassiers : moyens de survie au-dessus du fleuve inventés par des rescapés de la traite et l’esclavage transatlantique, devenus plus tard musique de souvenir pour des citoyens des villages lacustres du Bénin après l’abolition
o Houngangbo : musique de récitation des souvenirs et noms des captifs suivis de leur éloge individuel avant déportation
o Guèlèdès : la danse des masques
o Sogbê : la danse et musique de l’armée traditionnelle de défense territoriale de l’aire culturel Adja-Tado, Ké, Hun, Oyo, pendant l’esclavage, exploitée de nos jours, comme musique d’enlèvement de deuil périodique des dahoméens et Togolais morts dans le monde inconnu après avoir été déportés outre Atlantique et esclavagisés
o Egun-gun : la danse des revenants qui récitent la mémoire des captifs et informent sur leur état dans l’au-delà. Ils enseignent aux jeunes générations le panégyrique clanique qui est une autre source fiable de l’histoire et de la mémoire de l’esclavage transatlantique
o Le Shango : la danse de la divinité de foudre, dieu de tonnerre découvert aux XVIIIe siècle par des noirs afin d’empêcher la capture des leurs et freiner la déportation d’un grand nombre
o Dan : la danse des adeptes de la divinité Dan qui assurent le bien être sanitaire des familles africaines soumises à la crainte et  à la misère pendant l’esclavage
o Elègba : la danse de la divinité protectrice des amazones
o La danse des initiés de la diaspora : c’est un tableau de scènes cultuelles et culturelles destinées aux afrodescendants pratiquants des cultes ancestraux qui permettra d’asseoir au fil des ans un système culturel de restauration et de recyclage à travers l’échange de talents et de savoirs entre les patriarches et les filles et fils de la diaspora historique d’Afrique rattachés à leurs appartenances socio-culturelle et cultuelle d’origine ancestrale malgré les influence des esclavagistes
o Etc.

Des visites touristiques et échanges avec des familles africaines d’origine béninoise

Les derniers jours du festival sont toujours consacrés à la visite des sites de mémoire et des vestiges de l’esclavage transatlantique découverts dans chaque région du Bénin et qui sont conservés par des familles béninoises comme des hauts lieux sacrés. Il s’agit également là d’une opportunité touristique qui permet l’échange sur les objets découverts entre les patriarches et les touristes ; ces derniers constitués en majorité d’afrodescendants lesquels en fin de comptes sont libres d’établir un rapport scientifique entre les mythes et les réalités de l’histoire écrites par des navigateurs européens. Compte tenu de la liste exhaustive  de ces vestiges considérés comme des objets sacrés par certains clans, le comité d’organisation du festival met à chaque édition quarante huit heures de visites touristiques au service des participants afin de leur permettre d’explorer des mémoires de l’histoire de l’esclavage transatlantique qui sont restées cachées depuis plus trois siècles passés.

Le colloque scientifique international

Cette partie des manifestations s’assigne la mission comme celle d’un tribunal de l’histoire où partant des comptes rendus des activités précédemment exécutées, le comité scientifique composé non seulement des universitaires, chercheurs scientifiques, anthropologues, professeurs, élèves et des doctorant mais aussi des patriarches, rois ; inventorient, débattent et concluent touts ensemble les différents thèmes scientifiques en rapport avec la culture et l’histoire de l’esclavage transatlantique dans le monde. La plupart des thèmes retenus à cette occasion sont très souvent développés par des experts béninois, haïtien, caribéens, togolais et par les patriarches eux-mêmes ; ce qui permet aux participants de bénéficier d’une meilleure qualité de débat.

Généralités et but fondamentaux du Festival et du Colloque

Le but fondamental du festival international et de son colloque scientifique s’inscrit dans le cadre de la patrimonialisation de la mémoire et de l’histoire de l’esclavage transatlantique dans un processus allant du local vers le global, ce qui pourrait avoir pour effet progressif et efficace, l’accaparement de l’héritage de l’esclavage transatlantique par la génération montante pour le développement socioculturel et économique de l’Afrique en particulier et du monde en général. C’est l’un des supports indispensables pour la sauvegarde de la mémoire de l’humanité, étant donné que 60% des acteurs traditionnels qui animent les différents tableaux du festival ont participé à l’accouchement de la base de données des dahoméens mis en esclavage transatlantique grâce à leur volonté de partager avec des historiens modernes et des chercheurs de tous les domaines, la mémoire des déportés imprimée par scarification sur leur corps comme des meurtrissures et conservée par leur conscience afin d’être transmise de génération en génération, mais normalement de façon discrète entre initiés.

Comprendre la base de données

De tout ce qui précède, le festival international et colloque scientifique intitulé ’’Mitöhouindo, vodoun comme première force de résistance des africains esclavagisés“ à travers ses objectifs strictement axés sur :
– La coopération entre les détenteurs des savoirs et les générations plus jeunes
– La récupération de la mémoire de l’esclavage transatlantique encore disponible chez des anciens initiés à la tradition des cultes endogènes
s’offre la mission d’un collecteur de mémoire et d’un bâtisseurs de pont entre la descendance des africains arrachées à tout basculement dans un monde inconnu, dans un état de non être, dans une infériorité raciale et dans le déni de leurs valeurs africaines.

Les charges d’organisation

L’organisation du festival international et du colloque scientifique conjoint intitulé ’’Mitöhouindo, vodoun comme première force de résistance des africains esclavagisés“ nécessite d’importants moyens d’ordre financiers et matériels compte tenu de la qualité de chacune des activités qu’elles soient historiques, culturelle, cultuelles et touristiques sans oublier le délai nécessaire à leur exécution respective. Elle consiste à mettre des moyens de déplacement et l’hébergement y compris la restauration à la disposition de chaque groupe d’acteurs invités afin de rassurer l’exactitude dans l’exécution des activités programmées. Vu que la plupart des acteurs à savoirs, patriarches, adeptes, chanteurs, batteurs et autres, habitent souvent loin du site retenu pour abriter les différentes manifestations ; le comité d’organisation prend en effet des responsabilités qui lui reviennent financièrement chères. Il s’agit des charges de première nécessité sans lesquelles des réalités trop importantes resteront toujours inconnues d’un grand nombre des chercheurs scientifiques.
Le budget estimatif du festival international et son colloque scientifique de cette année 2018 s’évalue à quinze mille (15 000€) euros, y compris les frais d’hébergement des adeptes des cultes endogènes du Togo, Bénin et du Nigéria qui viendront démontrer aux scientifiques le mode d’encodage du nom des déportés africains esclavagisés, contre leur corps en tant que personne vivante par le système de tatouages, de balafres ou de scarifications sur la peau humaine. Il s’agit là d’un partage de secrets endogènes de conservation de la mémoire de l’esclavage transatlantique qui sera exposé pour la première fois en face du monde afin d’éclairer les uns et les autres sur les mythes et les préjugés portés à l’histoire africaine sur le sujet de l’esclavage depuis des siècles à nos jours.

Qualités des partenaires attendus

Etre promoteur, directeur, membre, consultant d’une agence (personnelle) ou (laboratoire), sociale, communautaire, universitaire, organisation non gouvernementale nationale ou internationale de recherche scientifique dans les domaines ci-après :
– Psychiatrie
– Anthropologie
– Histoire
– Archéologie,
– Théologie
– Peinture
– Artisanat
– Documentaire
– Tourisme
– Transport aérien, terrestre et fluvial
– Hôtellerie
– Presse (audio-visuelle)
– Séminaire (prêtes)
– Université (nationale et internationale)
– Chercheurs
– Musique africaine
– Auteurs (maison d’édition)
– Production vidéo
– Percussionnistes
– Monarque
– Palais royal
– Conservateur de musée
– Archivistes
– Graphistes
– Médecine
– Compagnie aérienne
– Sculpture Etc.

Droits de partenariat garanti

– Attestation de participation
– Echange de contacts avec des acteurs traditionnels des cultes endogènes et à la fois ressources de l’histoire africaine
– Exposition des objectifs et logos des structures partenaires
– Obtention d’un droit à la communication à l’occasion des manifestations
– Autorisation de couverture médiatique (enregistrement des bandes vidéo de l’évènement)
– Visite des lieux sacrés, couvents, mausolées et (l’initiation au secret d’une divinité au choix)
– Publication d’articles ou de documents sur les activités du festival et du colloque
– Prise de vue avec des rois et autres autorités de la société civile
– Distribution des étrennes de chaque structure partenaire aux participants et au public
– Un poste de responsabilité dans la composition des membres du comité d’organisation de la prochaine édition du même festival.
Tarif minimum exigé par partenaire :
La contribution minimum attendue de chaque partenaire ou actionnaire du festival international et son colloque scientifique intitulé : ’’Mitöhouindo, vodoun comme première force de résistance des africains esclavagisés“ est fixé à 500 €, donnant droit à la promotion des prospectus et ventes des articles ou autres objets de la structure partenaires sur les sites du festival et du colloque par une à deux personnes. Ne sont pas compris les frais de visites touristiques, ni la participation d’une troisième personne en cas de besoin.
NB : Le cas des sociétés offrant des prestations commerciales à savoir la communication GSM, Magasine spéciale, la restauration sur place, est particulier et mérite un traitement spécial. Pour tout renseignement contactez nous : contact@symbole-amitie.com , bernardos87@live.fr ou au : +229 97 16 53 81 /

Frais de participation individuelle aux activités

Les frais de participation aux activités de la deuxième édition du festival et son colloque conjoint intitulé «’’Mitöhouindo, vodoun comme première force de résistance des africains esclavagisés » fixés à 150 € par personne et donne droit uniquement à l’accès aux sites du colloque, du festival, à la sécurité des personnes et à la photographie ou la prise de vidéo des activités programmées.

Le délai probable de signature du contrat
Le délai probable de la signature du contrat de partenariat entre le Groupe universitaire de Recherche en Histoire et Culture du Bénin (ONG SYMBOLE DE L’AMITIE) et des partenaires désireux de contribuer à l’organisation du festival international et son colloque scientifique conjoint est prévu pour le mercredi 28 Mars 2018 à 16heures très précises. Dépassé cette date aucune demande de partenariat ne sera prise en compte à cause de la bonne marche de l’organisation qui exige la présentation de toutes les structures impliquées aux différents partenaires du projet par une lettre circulaire d’information.

Formulaire de contrat de partenariat :
Nous soussignons Mr/Mme_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _, directeur/trice ou _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ de : _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ qui est un (présentation de la structure) :_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __ _ _ _ _ _ _
Adresse : _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _
Reconnais avoir pris l’engagement de participer à l’organisation du Festival international et du colloque scientifique : ’’Mitöhouindo, vodoun comme première force de résistance des africains esclavagisés“ à hauteur de : (précisez le montant de participation et sa devise en lettre) : _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ( en chiffre) _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ , Je reconnais avoir lu et pris connaissant des avantages de chacune des activités de cette manifestation culturelle et scientifique et ai prêt à contribuer pour leur réalisations dans le souci de (objectif de partenariat) : _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _
En foi de quoi, nous nous engageons à verser par virement bancaire ou par Western Union un montant participatif de : _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ sur le compte de l’ONG SYMBOLE-DE-L’AMITIE, le 25 Avril 2018 avant 00 heures, afin de garantir une organisation parfaite des activités programmées.
Fait à_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ le (date) : _ _ _ /_ _ _ _ /2018
Ont signé

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Symbole de l'amitié - BéninCulture et histoire

Offre de stage universitaire au Bénin

Dans le cadre de l’organisation de la deuxième édition du festival international et son colloque scientifique intitulé : « Mitöhouindo, le vodoun comme première force de résistance des Africains esclavagisés » le Groupe Universitaire de Recherche en Histoire et Culture du Bénin (ONG SYMBOLE DE L’AMITIE) propose une offre de stage universitaire au Bénin, d’une durée de 3 mois renouvelables donnant droit à une attestation aux universitaires en cours de formation académique dans les domaines ci-après :
– Anthropologie
– Théologie
– Histoire
– Géographie
– Sociologie
– Psychologie
– Archéologie
– Gestion des ressources humaines
– Relations internationales
– Musique traditionnelle
– Artisanat
– Journalisme

I) CONDITIONS A REMPLIR :

– Etre étudiant, inscrit dans une université du Bénin ou d’ailleurs

– Remplir les conditions administratives de séjour au Bénin (visa, vaccin, etc)
– Etre apte et disponible pour toute la durée du stage (mars, avril, mai 2018)
– Savoir parler couramment l’une des langues suivantes : français ou anglais
– Etre forcément laïc et avoir également des notions de base sur la communication gestuelle ou symbolique
– Être patient et attentionné envers les personnes du troisième âge avec qui nous serons souvent en contact
– Avoir un esprit d’équipe, et disposer d’un système d’enregistrement vocal ou vidéo

II) PIECES A FOURNIR

– Une photocopie d’acte de naissance
– Une photocopie de la carte d’identité Nationale
– Un certificat de résidence
– Une lettre de motivation
– Une photocopie du passeport pour les africains de la diaspora historique
– Une photocopie des diplômes précédemment obtenus dans le domaine choisi
– Un contrat de stage à retirer en ligne ou au siège de l’ONG,

III) DATE LIMITE D’INSCRIPTION

La date limite des inscriptions est prévue pour le 28 février 2018 à 17h30 minutes. Les dossiers sont reçus en ligne à l’adresse contact@symbole-amitie.com ou au siège de l’organisation sise à Vakongbo, Maison Bernard-Copé, derrière l’église du christianisme céleste ’’Terre des anges“, Tél : +229 97 16 53 81 / 67 04 24 61, commune d’Akpro-Missérété, République du Bénin. Dépassé ce délai, aucun dossier ne sera reçu.

offre de stage au Bénin

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Symbole de l'amitié - Transport par eauCulture et histoire

Entrepreneuriat culturel et touristique en République du Bénin

INDUSTRIE TOURISTIQUE AU BÉNIN

Le Groupe Universitaire de Recherche en Histoire et Culture au Bénin (ONG Symbole de l’Amitié) donne la main à la jeunesse de l’Ouémé et propose des formations spécifiques en entrepreneuriat culturel et touristique en République du Bénin

FORMATION DES JEUNES

Cette formation s’inscrit dans le cadre du Projet de Valorisation des Circuits Touristiques en rapport avec l’histoire et la mémoire de l’esclavage transatlantique dans les départements de l’Ouémé et du Plateau. L’Office de tourisme du groupe universitaire de recherche en histoire et culture du Bénin, en collaboration avec les musées de Porto-Novo et d’Adjarra et les mairies de Dangbo, des Aguégués, de Porto-Novo et d’Adjarra, lance, sous l’appui technique de la DDCAT (Direction Départementale de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme), une formation professionnelle dans les secteurs suivants :

 Guide de tourisme spécialisé sur les questions de l’esclavage transatlantique au Bénin et à travers le monde

 Agents facilitateurs de voyage et auxiliaires en hôtellerie court et long séjour

 Entrepreneuriat culturel et touristique en République du Bénin

Entrepreneuriat culturel et touristique en République du Bénin

OBJECTIF GLOBAL

Il s’agit d’amener les jeunes des communes de l’Ouémé à mieux cerner l’histoire de l’esclavage transatlantique en république du Bénin, à s’accaparer cet héritage dans le cadre de la création d’emploi.

DESCRIPTION DE LA FORMATION

 Volet : Guide de tourisme spécialiste des questions de l’esclavage transatlantique au Bénin et dans le monde

La république du Bénin (ex-Dahomey) fait partie des pays du monde les plus touchés par la traite des noirs et l’esclavage transatlantique. Des recherches antérieures révèlent que ses côtes ont servi de lieu d’embarquement pour plusieurs millions de captifs sur une période de quatre siècles environ.

C’est un pan de la mémoire de l’humanité qui mérite d’être préservée et conservée dans un processus de patrimonialisation allant du local au national et de là au global lorsque. En Afrique, c’est la transmission intergénérationnelle de l’oralité qui assure l’existence de la mémoire. La patrimonialisation est donc une façon de prendre le relais de la mémoire orale traditionnelle.

Nos recherches scientifiques sur l’histoire et la mémoire de l’esclavage transatlantique ont abouti à la Base de données des Dahoméens victimes de l’esclavage Transatlantique. Le Groupe Universitaire de Recherche en Histoire et Culture au Bénin (ONG SYMBOLE DE L’AMITIE) a identifié des lieux de mémoires et a découvert plusieurs vestiges de l’esclavage transatlantique dans des communes des départements de l’Ouémé et du Plateau.

Ainsi, il s’agira d’informer et de former des jeunes désireux d’entreprendre dans les domaines en rapport avec l’industrie touristique, mais aussi sur l’ensemble de ces vestiges de l’esclavage qui définissent entre eux, des pistes locales de l’esclavage transatlantique sans lesquelles, la fondation des villes cosmopolites et historiques telles que : OUIDAH et GANVIE n’existeraient pas. C’est donc, un secteur d’emploi qui s’offre à la jeunesse en quête d’une profession, source de revenus

 Volet : Agents facilitateurs de voyage et auxiliaires en hôtellerie court et long séjour

Le plus souvent, il est presque impossible de parler du tourisme sans prendre en compte le voyage, l’hébergement et la restauration des touristes. Ainsi, en partenariat avec des agences de voyages et des complexes hôteliers, les agents locaux formés dans ce secteur auront des outils nécessaires pour mieux assurer la sécurité alimentaire et la circulation des touristes, afin de rendre inoubliable leurs séjours en république du Bénin. C’est une profession qui rassure le voyageur depuis son pays de provenance sur :

– l’organisation de son séjour

– sa sécurité

– son hébergement

– son alimentation

 Volet : Entrepreneuriat culturel et touristique en République du Bénin

Le secteur de la culture et du tourisme, aussi vaste, riche et diversifié qu’il soit, est une véritable source de développement et de création d’emploi, encore inexploitée et ignorée par la majeure partie de la jeunesse béninoise. Par conséquent, il s’agira ici, de montrer aux jeunes les atouts économiques que revêtent les mémoires matérielles et immatérielles de l’esclavage transatlantique dans leurs communes, et donc de les former dans l’élaboration de projets allant dans ce sens. Ainsi, les participants auront droit à un apprentissage théorique et beaucoup plus pratique sur :

– Les bases de l’entrepreneuriat en général

– Les fondamentaux de l’entrepreneuriat culturel

– La rédaction, le suivi et l’exécution des projets culturels en République du Bénin

Entrepreneuriat culturel et touristique en République du Bénin

AVANTAGES DE LA FORMATION

 Une attestation de fin de formation est délivrée à chaque participant pour servir et valoir ce que de droit

 Les participants ont la possibilité de travailler au sein de l’office du tourisme dudit groupe ou des structures partenaires

 A la fin de la formation, les participants ont la possibilité de postuler au poste de chef service de la culture, de l’Artisanat et du Tourisme dans les mairies concernées en cas de besoin.

INSCRIPTIONS

Les inscriptions commencent du lundi 12 Juin 2017 et prennent fin dès le samedi 08 Juillet 2017 de 08h 00 à 18h 00.

La réservation est possible par mail à l’adresse contact@symbole-amitie.com ou bernardos87@live.fr et par appel téléphonique au : +229 97 16 53 81 / 99 82 91 91 / 94 15 40 70/ 97 06 66 38

Lieu d’inscription : Siège du groupe universitaire de recherche en histoire et culture du Bénin sis à Vakongbo, Maison Bernard-Copé, derrière l’église du Christianisme céleste « Terre des Anges ».

Frais d’inscription : 2. 000 FCFA soit 3,07 Euros (Contre une fiche d’inscription dûment signé )

Frais de formations : 30.000 FCFA soit 46,15 Euros (possibilité de payer en 2 tranches)

Durée de formation : Lundi 10 Juillet 2017 au Vendredi 08 Septembre 2017

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