Culture et histoire

Journées de Restitution des Archives Endogènes sur les Résistances Africaines

Du local au global – Redécouvrir la mémoire du Wémè et des civilisations africaines anciennes

Les Journées de Restitution des Archives Endogènes sur les Résistances Africaines s’inscrivent dans une démarche de réhabilitation historique et mémorielle. Ce colloque a pour objectif de redonner la parole aux sources africaines, longtemps déformées ou occultées par les récits coloniaux.

restitution des archives endogènes

Contexte et justification de la restitution des archives endogènes

L’ancien État du Wémè, situé aujourd’hui entre la République du Bénin et la République fédérale du Nigeria, fut l’un des foyers majeurs de civilisation en Afrique de l’Ouest avant l’expansion coloniale. Pourtant, son histoire a subi de profondes altérations : confusions géographiques, silences imposés, et interprétations biaisées issues des rapports militaires et des écrits coloniaux produits entre le XIVᵉ et le XIXᵉ siècle.
Ces récits, souvent rédigés à des fins de domination, ont participé à l’effacement de la mémoire des résistants africains et à la déconstruction des systèmes identitaires qui structuraient les grands royaumes et chefferies du continent. Aujourd’hui encore, des institutions et discours officiels s’appuient sur des archives partielles, au détriment de la richesse des traditions orales et des sources endogènes.
Face à ces distorsions, la civilisation de la vallée du Wémè – deuxième plus grande vallée fluviale d’Afrique après celle du Nil – appelle à une réévaluation de son patrimoine matériel et immatériel. Ce colloque se veut un espace de restitution, de recherche et de dialogue autour des mémoires africaines, de la traite, de la déportation et des formes de résistance.

Objectifs scientifiques et méthodologiques

L’objectif central du colloque est de redéfinir la cartographie ethno-civilisationnelle du pays Wémè et, plus largement, de contribuer à la réappropriation critique de l’histoire africaine par les Africains eux-mêmes.
Les travaux s’articuleront autour d’une approche pluridisciplinaire associant historiens, anthropologues, linguistes, archivistes, chercheurs en généalogie, mais aussi gardiens de la mémoire, reines mères et patriarches.
Les axes principaux incluent :
L’analyse critique des archives coloniales et des sources locales relatives aux peuplements du Wémè ;
L’étude des structures fluviales (chenaux, ports, zones de passage) construites par la main-d’œuvre esclavagisée ;
L’analyse des migrations et des transformations sociales postérieures à l’effondrement des royaumes ;
L’examen du destin des déportés et de la dispersion du patrimoine culturel et spirituel du Wémè à travers le monde afro-descendant.

Contributions attendues

Le colloque réunira des chercheurs, historiens, anthropologues, ainsi que des représentants des communautés caribéennes et afro-américaines, des patriarches, reines mères et chefs coutumiers.
Ces échanges permettront d’enrichir la connaissance du Wémè et de formuler des propositions concrètes pour la restitution des archives endogènes, qu’elles soient orales, matérielles ou symboliques.

Un outil de mémoire : le questionnaire de restitution

Dans le prolongement du colloque, un questionnaire scientifique et pédagogique a été élaboré afin de collecter des données historiques auprès des royaumes, chefferies et familles royales africaines.
Cet outil vise à reconstituer la mémoire des ancêtres fondateurs, des dynasties royales, des chefferies coutumières et des initiés déportés au temps des esclavages.
Le questionnaire comprend trois catégories principales :
1. Royaumes endogènes – retraçant la généalogie, les lignées royales, les guerres et les résistances ;
2. Chefferies traditionnelles – explorant les structures communautaires, cultuelles et territoriales ;
3. Reines mères et femmes coutumières – valorisant la transmission orale et la mémoire féminine dans la préservation des panégyriques claniques.
Ces questionnaires permettront de recueillir les témoignages vivants, d’identifier les objets sacrés dispersés ou volés, et de documenter les rites mémoriels dédiés aux déportés. Ils constituent une étape essentielle vers la constitution d’archives africaines endogènes, authentiques et participatives.

Du local au global : une mémoire partagée

En articulant les savoirs locaux et les recherches universitaires internationales, les Journées de Restitution des Archives Endogènes offrent une plateforme inédite pour reconnecter les peuples africains et afro-descendants autour d’une mémoire commune.
Cette démarche du local au global ambitionne de transmettre aux générations futures une histoire fidèle, ancrée dans les réalités africaines et ouverte sur le monde.
Contexte justificatif.
L’ancien État du Wémè, antérieur à l’empire d’Oban-Dan et situé aujourd’hui entre la République fédérale du Nigeria et la République du Bénin, fait l’objet de profondes distorsions historiques et de confusions géographiques. Ces altérations sont issues des phénomènes d’arrachement, de déportation et de colonisation qui ont marqué, souvent violemment, l’ensemble des civilisations noires.
À titre d’instrument de domination, de nombreux idéologues, cartographes coloniaux et auteurs européens se sont appuyés sur des rapports militaires produits durant les déportations, ainsi que sur la complicité de certains métis afro-européens présents dans les comptoirs commerciaux d’Afrique noire entre le XIVᵉ et le XIXᵉ siècle. Leur objectif implicite était de redéfinir une Afrique reconstruite, en effaçant la mémoire des résistants et en altérant la pensée et les modes de vie de ces civilisations anciennes.
Aujourd’hui, des institutions publiques et privées s’unissent pour imposer un discours colonial fondé sur des archives tronquées, ignorant les systèmes d’appartenance socio-identitaires qui structuraient les grandes civilisations africaines.
La civilisation de la vallée du Wémè, deuxième plus grande vallée fluviale d’Afrique après celle du Nil, nécessite une réévaluation de sa mémoire matérielle et immatérielle. Il s’agit de restituer la vérité historique concernant les périodes de déportation et d’esclavage, et d’envisager les dimensions généalogiques et territoriales liées à d’éventuelles restitutions.
OBJECTIFS SCIENTIFIQUES ET MÉTHODOLOGIE
Ce colloque vise à redéfinir la cartographie ethno-civilisationnelle du pays Wémè à travers une approche pluridisciplinaire. Une attention particulière sera portée à :
• L’analyse critique des documents coloniaux et des archives locales relatives à l’histoire des peuplements de la région ;
• L’étude des côtes de la rive Ouémé et des chenaux construits par la main-d’œuvre esclavagiste ;
• L’analyse des migrations postérieures à l’effondrement des royaumes ;
• L’examen du sort des déportés, de leur adaptation et de la dispersion du patrimoine culturel du Wémè.

CONTRIBUTIONS ATTENDUES

Les chercheurs, historiens, anthropologues, ainsi que les représentants des communautés caribéennes et afro-américaines, les patriarches et reines mères, seront invités à partager leurs travaux et leurs témoignages. Leurs contributions permettront d’enrichir les connaissances sur le Wémè et de proposer des pistes pour une réappropriation critique de son histoire.
Questionnaire:
Le présent questionnaire, élaboré dans le cadre des Journées de restitution des archives endogènes sur les résistances africaines, constitue un outil pédagogique destiné à faciliter la collecte et l’organisation des données historiques relatives aux peuples noirs avant, pendant et après la traite esclavagiste. Cette démarche, du local au global, vise à transmettre aux générations futures une mémoire structurée et fidèle.
 Trois catégories de questionnaires ont été établies :
1. Pour les royaumes endogènes ;
2. Pour les chefferies traditionnelles ;
3. Pour les reines mères, reines et patriarches des sociétés coutumières.
Questionnaire Catégorie A.
Qui est l’ancêtre fondateur de votre royaume ?
Où  vivait-il et pourquoi ce départ de la terre natale pour une nouvelle destination ?
A-t-il régné comme un roi ou un guerrier ?
S’il a été à la fois guerrier et roi, combien d’hommes et de femmes constituaient son armée ?
S’agit-il d’une armée militaire moderne ou d’une armée traditionnelle et souveraine ?
a- s’il s’agit d’une armée militaire moderne comment cette armée obtenait-elle les armes à feu ?
b- s’il s’agit d’une armée traditionnelle et souveraine par quel moyen cette armée résistait-elle face aux adversaires ?
 Qui  étaient les adversaires de votre royaume ?
a- d’où venaient-ils?
b- Pourquoi ?
 Existe-t-il un lieu de formation des hommes et des femmes avant leur intégration à cette armée?
a- comment appelle-t-on cet endroit et où se situe-t-il de nos jours ?
b- comment cet endroit était protégé
c- Comment appelle-t-on le corps qui protégeait un endroit de formation des hommes et des femmes qui défendaient la patrie ou le royaume à cette époque ?
En quelle année aviez-vous appris l’histoire de la fondation de votre royaume ?
a- Connaissez-vous à peu près l’âge de votre source de renseignements sur cette histoire ?
b- Quel était le statut religieux de votre source :
1- Animiste?
2- Chrétien?
3 – Musulman ?
Êtes-vous un roi ou un régent sur le trône de votre ancêtre ?
a- Si Oui, que détenez-vous comme patrimoines pouvant certifié les données relatées ci-haut? (Joindre une photo de ces patrimoines à votre réponse aux questionnaires)
b- Aviez-vous d’autres documents importants sur votre royauté ?
c- Sinon comment pensez-vous écrire ou archiver l’histoire de ce royaume ?
De la Fondation jusqu’à vous, combien de rois se sont succédés sur ce trône ?
Parmi vos prédécesseurs, il y en a de rois déportés ?
a- Qui par exemple ?
b- En quelle année ?
c- Par qui ?
d- Dans quelle région du continent noir d’après la géographie et les pays actuels d’Afrique?
e- Aviez-vous recherché une fois à savoir le pays d’accueil de ce roi déporté ?
Votre royauté a-t-elle des archives précieuses sur la mémoire des déportés ?
Saviez-vous que les africains déportés ont fondé des familles dans leur nouveau monde ?
votre royaume compte combien de principautés?
Quelles sont les chefferies coutumières qui organisent chacune de ces principautés ?
Que pensez-vous du projet de la restitution des archives Endogènes sur les résistances Africaines ?
Aviez-vous un projet de rédaction de l’histoire de votre trône royal ?
Questionnaire Catégorie B-1
Quelles sont les différentes Collectivités qui composent votre royaume?
Saviez-vous qu’un royaume est un état coutumier défini par un collectif  compris entre sept (07) à quarante-et-une (41) principautés ?
a- Quelles sont les principautés de votre royaume et où peut-on les rencontrer au Bénin, En Afrique et dans le monde si possible ?
b- Pouvez-vous nommer le nom des différents chefs de cultes Vodounon   qui se sont succédé au trône de chacune de ces principautés ?
c- Pensez-vous que votre royauté a perdu de ses territoires pendant des détachements ou lors des migrations ?
d- Quelles relations entretenez-vous entre les territoires ou les principautés extérieures de votre royaume dans le monde ?
Comment le conseil royal se compose-t-il dans votre localité ? Combien de femmes (reines-mères ou Tangninon) ? Combien de reines (Ahössi) ? et combien de patriarches (Houétö ou Daa) ?
Quelles sont les divinités claniques qui constituent la force vive de votre royaume ?
a- Ces divinités sont-elles des forces de défense de la cité ?
b- Si oui, comment ?
c- Combien d’hommes et de femmes initiait-on dans le couvent de ces divinités par an ?
d- Quelle est la tranche d’âge des initiés ?
Si l’esclavage confirme avoir déporté des hommes et des femmes et qu’à cette époque il n’existait pas des religions importées, d’après vous, peut-on conclure que les déportés ont été en majorité des initiés du Vodoun ?
a- Connaissez-vous quelques noms d’initiés ou d’adeptes de vodoun perdus ou arrachés par la déportation ?
b- Que saviez-vous des succès et des échecs de l’armée de votre royaume face aux négriers ?
c- votre royaume a-t-il connu d’apogée ?
d- Pendant combien cet apogée a-t-il duré ?
e- Que sont devenus les Hounsi c’est-à-dire les adeptes de Vodoun et quel a été le sort des successions au trône des Vodounnon pendant et après la période d’apogée ?
 Des milliers de royaumes ont été dévastés par l’esclavage, des pillages ont eu lieu, des familles ont été déportées.
a- connaissez-vous des objets qui ont été arrachés à votre ancêtre ?
b- Quelle gestion est faite des objets sacrés dans vos principautés ?
c- Par quelle méthode la protection des objets et celle des forêts sacrées est-elle assurée dans l’intimité ancestrale chez votre royaume ?
Questionnaire Catégorie B-2
7.Avez-vous un récit ou un témoignage recueilli sur l’arrachement de vos ancêtres ou de vos biens au temps des esclavages?
a- comment avez-vous conservé ce récit ou témoignage ?
b- En admettant que l’esclavage a été une humiliation déshumanisante pour les peuples qui l’ont subi, pourquoi avez-vous jugé utile de conserver cette mémoire?
c- En parlez-vous avec plaisir ou avec mépris auprès de vos sujets ?
d- Parler de la déportation d’un chef de famille a-t-il suscité des frustrations pour vous ou pour une honte par extension?
8. Dans certaines principautés les couvents ont été des hauts lieux de conservations d’objets sacrés lesquels ont des intimités avec la généalogie.
a- Quelle conservation faites-vous des objets intimes présents dans les couvents endogènes de vos principautés et de votre royaume ?
b- Quelle année ou quelle période d’existence pourriez-vous attribuer à chacun de ces objets?
9. Quels sont les évènements coutumiers qui ont lieu chaque année dans un état d’esprit collectif au sein de vos principautés et quelle est la raison fondamentale de chacun de ces événements ?
a- quelle est la participation des chefs coutumiers et quelle est la participation des territoires voisins à l’organisation de ces événements ?
b- Existe-t-il un évènement particulier qui est destiné à la mémoire des morts et des déportés au sein de vos principautés ?
c- À quelle moment de l’année cet événement est-il célébré ?
d- pensez-vous que des enfants de déportés africains peuvent y participer pour les prochaines éditions ?
10- S’il existe véritablement des évènements coutumiers qui sont dédiés aux morts et à la mémoire de déportés dans vos royaumes et principautés, comment souvenez-vous du nom de ces ancêtres déportés ?
a- Est-ce à travers la déclamation des panégyriques claniques ou coutumiers ?
b- Est-ce à travers l’exposition des crânes ou des Assanyin (Assin) ?
c- Est-ce à travers des transmissions de récits suivant l’oralité ?
11- Dans certains Clans, dans certaines traditions du Bénin, du Togo et du Nigéria, il existe plusieurs systèmes d’archivage de la mémoire des déportés :
a- lequel système d’archivage de données historiques est populaire ou actif dans votre principauté ?
b- Qui sont les conservateurs de la mémoire et de l’histoire dans votre principautés et comment les appelle-t-on dans votre langue maternelle ?
c- Existe-t-il un document écrit sur l’histoire de votre royaume ?
12- Pourriez-vous partager l’histoire de votre royaume avec le monde ?
13- Aviez-vous bénéficié d’assistance extérieure pour répondre à ces interrogations sur l’histoire de votre royaume de la genèse jusqu’à vous ?
Questionnaire Catégorie B-3
Comment désigne-t-on le clan de votre époux ?
Connaissez-vous les panégyriques claniques de votre belle famille ?
Quel rapport a-t-il avec les clans voisins ?
En tant qu’épouse d’une famille royale, aviez-vous participé à la restitution des panégyriques claniques de cette famille ?
À quelle occasion ?
a- À l’occasion des cultes d’enlèvement de deuil existe-t-il un collectif des femmes mariées qui s’unissent pour déclamer des panégyriques claniques moyennant des dons ou des remerciements ?
b-À quel moment les femmes mariées de cette collectivité se réunissent-elles pour réactualiser les panégyriques claniques du clan ?
c- Comment sont dirigées les séances de recyclage ou de réactualisation des panégyriques claniques dans votre principauté ou collectivité ?
Combien de femmes initiées aux cultes endogènes compte le collectif des femmes mariées et qui sont membres de votre équipe ou groupe de femmes rattachées aux valeurs coutumières de votre belle famille ou de votre famille si vous êtes une reines-mères ?
Récitez par écrit quelques noms figurant dans le générique du panégyrique clanique de votre belle famille et de votre famille.
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Houéda : origine et rapport avec le python

Les Houéda sont des Yoruba d’origine Nago. On les appelle Houéda en Fon ou Asia en Yoruba compte tenu du caractère sacré et de la fonction précieuse de leur ethnie parmi tant d’autres dans l’aire cultuelle et culturelle Adja-Tado, Ké, Hun et Öyö.

Houéda serpent python culte vodouisant ouidah

Origine et sens du mot Houéda

Le terme Houéda vient de Houé (maison) et Da (cheveux). Littéralement Houéda signifie « dignité cultuelle d’une maison » ou de façon plus populaire on peut dire « coiffure d’une maison » qui est l’emblème de la prospérité. C’est une transcription linguistique du mot Asia ou Sia en Yoruba qui signifie « drapeau » en langue française. Mais de quel drapeau s’agit-il ?

Entre le XIIIe et le XIVe siècle, les Houéda ou Sia se distinguaient dans la communauté Yoruba grâce aux alliances cultuelles infaillibles qu’ils entretenaient avec leur ancêtre légendaire : le Python aussi appelé Dan ou Dangbé. Houéda (Asia/Sia) est donc le drapeau de Dan. Sa forme est rectangulaire, il ne comporte aucun motif ni dessin, et sa couleur est le blanc. Ajoutons que chaque communauté d’adeptes porte le drapeau de sa divinité, comme celui de Shango chez les Djigbénou ci-dessous.

montée du drapeau shango à Djigbé bénin
Drapeau de Shango

De ce principe, il résulte un interdit ethnique chez les Houéda qui défend à toute descendance de porter atteinte d’une manière générale à la vie des serpents et à l’inverse aucun serpent quelle que soit son espèce ne doit pas mordre la descendance des Houéda. D’autres sources postérieures, à savoir les carnets de voyageurs, désignent les Houéda par des expressions telles que Juda (en portugais), Ouidah (en français), Whydah (en anglais), Whidaw (en néerlandais) par abus ou par déformations phonétiques.

De l'art - Sculpture sur pierre
Alliance ancestrale avec Dan, fresque murale du mausolée AKHÖ

Sens, contenu et fonction du signe racial des Houéda

Le sens de toute scarification raciale est identitaire, thérapeutique et intime pour chaque communauté dans l’aire cultuelle et culturelle Adja-Tado, Ké, Hun et Öyö. En général chaque scarification répond avant tout à une identité ethnique ou clanique. On distingue plusieurs types de scarifications à savoir :

  • des scarifications cultuelles, ataviques et purement raciales
  • des scarifications endogènes et cultuelles
  • des scarifications cultuelles et princières

Bénin - Marques tribales Yoruba

Des scarifications cultuelles, ataviques et purement raciales

Il s’agit de la plupart des incisions légèrement imprimées sur le visage des enfants ayant entre la tranche de 3 à 5 ans en guise de vaccination contre une maladie héréditaire, laquelle aurait affecté dans des années antérieures d’une population au départ de sa croissance démographique dans les premières années de sa fondation. Elles sont dites cultuelles compte tenu des clauses de fidélités et des rites d’intimités qui régissent le rapport d’alliance entre le savant découvreur de ce vaccin et son génie tutélaire ou son esprit assistant. Les scarifications raciales sont encore plus anciennes et se pratiquent très souvent devant des mausolées ethniques sur le visage d’un bébé avec l’impression d’un ou plusieurs signes légendaires de l’ethnie sur le corps. Il s’agit par exemple des Aguë, des Hwë, Hou, et des Obo ou des Ibo.

Carnaval - Tourisme

Des scarifications endogènes et cultuelles

Les scarifications sont dites endogènes et cultuelles lorsqu’elles ont un rapport caractéristique entre d’une part une divinité et d’autre part une ethnie, un clan ou une collectivité. Il s’agit majoritairement d’incisions identitaires d’ordre cultuel qui servent à distinguer des adeptes d’une des seize divinités maîtresses de l’aire cultuelle Adja-Tado, Ké, Hun et Öyö à savoir (Lêgba, Xêfiosso, Odoudoua, Sakpata, Ogou, Dan, Kinninssi, Yalodé, Yémanja, Obo, Azon, Ohwin, Ofo, Abikou, Ahoho et Toxossou). Les scarifications endogènes et cultuelles ont une vertu protectrice à double fonction : La sécurité sociale et morale et la sécurité sanitaire. Les porteurs des scarifications endogènes et cultuelles sont très souvent des militaires c’est-à-dire des hommes, femmes et des enfants dotés d’un pouvoir d’auto-défense. Ils appartenaient très souvent à une troupe de guerriers souverains lesquels au service des rois assuraient la protection des limites du royaume, la protection des personnes et des biens contre des envahisseurs.

procession houéda scarifications ancestrales dan python ouidah bénin dahomey

Des scarifications cultuelles et princières

Réservées spécialement aux princes et princesses, elles permettent de distinguer la descendance d’une famille royale de celle des autres clans afin de limiter des dégâts liés aux mariages germains et l’apparition des crises inter-royales lesquelles pourraient engendrer des guerres entre des royaumes voisins. Des scarifications princières sont dites cultuelles pour d’autres raisons liées aux cultes des morts qui sont célébrés à l’occasion de leurs impressions sur le visage d’un prince nouvellement né tout comme elles servent à prévenir des dégâts liés au statut polygamique des rois et des princes dans les anciennes sociétés.

houéda bénin dahomey ouidah tradition dan serpent

La particularité de la scarification Houéda

La particularité chez les Houéda c’est qu’elle assure une fonction protectrice contre l’attaque des esprits vampiriques, contre des maladies héréditaires et pour finir contre l’attaque des reptiles de toute sorte. A l’origine, les Houéda vivaient de la chasse, de l’agriculture et surtout de la médecine traditionnelle, un savoir qui leur a conféré jusqu’à aujourd’hui une très haute estime de la part des autres communautés traditionnelles. Entre le XIIIe et le XIVe siècles, les Houéda auraient été l’une des communautés les plus peuplées du Sud-ouest de l’aire Cultuelle et Culturelle AKHÖ. Compte tenu des besoins chroniques de l’époque et des moyens d’échange les plus pratiqués, on peut distinguer un facteur d’expansion démographique par don de fille en mariage dans le cas où il était nécessaire d’exprimer une profonde gratitude. Ce mariage donnait au clan bénéficiaire une occasion de voir sa population croître. La scarification des Houéda qu’on appelle encore les Dangbéklounon est de type 2 x 5 soit 10 segments verticaux répartis deux à deux avec une paire inscrite sur les différentes parties du visage à savoir : le front, les joues, le menton et 1 x 1 inscrit contre une partie de la joue proche de l’oreille. En ce qui concerne les obstacles pour la croissance démographique, il est à noter que l’ethnie Houéda a été l’une des plus dévastées par l’esclavage transatlantique à partir du XVIe dans l’aire AKHÖ. Avec le temps, les missionnaires catholiques venus d’Europe ont construit des édifices religieux, parfois juste en face des mausolées de cette ethnie sis à Houéda (Ouidah), à Hongbonou (Porto-Novo) et dans d’autres villes cosmopolites de l’ex-Obadanxomey (Danxomey), devenu plus tard le Bénin.

Avec la déportation de centaines de milliers d’Africains vers les Antilles et les Amériques, certaines coutumes ont pu reprendre, au moins un temps, même sous le joug de l’esclavage. Ainsi, l’étonnant compte-rendu de l’abbé Goux, curé du Carbet (Martinique) pourrait très bien évoquer la coutume de l’étendard ou du drapeau de divinités africaines dans les années 1820-1840 :

“Ces fêtes ont été très bruyantes, très brillantes, et se prolongeaient très avant dans la nuit. Les esclaves y étalaient tout le luxe dont ils étaient capables ; luxe auquel les maîtres contribuaient, en prêtant aux esclaves, bons sujets, leurs montres, chaînes, boutons, boucles d’oreilles, et quelques fois des robes de soie. Chaque tribu africaine avait son pavillon que portait la reine du Bal ; chacune avait sa danse particulière qui semblait n’avoir pas d’ordre, qui cependant était régulière en son genre. Outre ces danses, il y avait aussi des espèces de Baladins qui faisaient des tours de force surprenants ; c’était à qui ferait les sauts les plus périlleux ; j’en ai vu qui, étant debout, se lançaient, les pieds en l’air, et qui retombaient debout, derrière la place qu’ils occupaient. Ce tour de force se voit rarement en France ; d’autres nègres marchaient sur leurs mains, les pieds en l’air”.

 

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