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La mémoire de l’esclavage demeure vive dans les couvents Vodoun au Bénin

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Reines mères de la collectivité, adeptes du vodoun portant un nombre de scarifications correspondant aux membres partis en esclavage qu’elles doivent connaitre par cœur toute leur vie

Découverte d’une chaîne d’esclave

Le temps passe mais la mémoire de l’esclavage demeure vive dans les couvents Vodoun au Bénin. Elle est même encodée physiquement, à même la chair, sous forme de scarifications. C’est l’essentiel à retenir du travail minutieux de recherche mené par le Groupe Universitaire de Recherche en Histoire et Culture au Bénin qui a découvert un nouveau vestige d’esclavage transatlantique dans le couvent de la divinité « Xêfiosso Tchango » à Djigbé dans la commune de Dangbo, département de l’Ouémé.
Il s’agit d’une chaîne offerte à la collectivité des « Djigbé Gbalinou Agayitö » sur contrat par des négriers portugais il y a environ 203 ans. En attendant l’arrivée des portugais pour l’embarquement, cette chaîne servait en effet à la détention des esclaves récalcitrants !

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Enquête et interview des anciens de la collectivité à propos de l’histoire de cette chaîne

A la question pourquoi et comment vos aïeux sont rentrés en possession de ladite chaîne, son altesse, Etienne SOTON, président des patriarches du clan des « Djigbé Sokonnou Agayitö » du Bénin répond :

L’implication de nos aïeux selon l’histoire des faits qui nous est parvenue d’après la tradition serait partie des attaques répétitives des royaumes d’Abomey et de Porto-Novo contre le pays Wémè. Des guerriers ne tuèrent pas, mais capturèrent vivants nos aïeux, des jeunes gens en âge de se marier à cette époque de l’histoire. Si j’ai de la mémoire, mon grand-père à moi, Soton DJISSONON racontait que ces guerriers tirèrent des coups de feu en l’air ou abattirent parfois quelques uns des hommes en terme d’avertissement pour les autres, qui ne pouvaient alors qu’accepter le triste sort d’être arraché violemment à l’affection de leurs proches et alliés pour être emportés vers une destination inconnue.

Avant de venir s’installer ici, nos aïeux ont fui les mêmes guerres de razzias de Djigbé-Agué, leur région natale qui se situe dans l’actuel département de l’Atlantique où ils étaient de grands chasseurs et des agriculteurs. Ils voulaient s’installer définitivement dans l’un des villages suivants : Sêdjê-Denou, Zinvié, Sêho-Djigbé, Azowlissè et Dangbo Djigbé-Zoungo. Toutefois, ils ont été repérés et pourchassés jusqu’ici, où ils ont cru être à l’abri des hostilités. La cause de cet acharnement contre nos aïeux, est que nous sommes d’une ethnie où la plupart des gens sont géants, costaux avec un grand gabarit et très tenaces pour les travaux champêtres tels que la culture de manioc, la patate douce ou le maïs qui demandent beaucoup d’énergie et de savoir faire.

N’ayant pas d’armes à feu pour affronter l’ennemi, nos aïeux ont choisi l’option de conclure un arrangement avec les négriers juste après la déportation de l’un des leurs appelé Hanssinon Gbëbo, dont le nom est parvenu jusqu’à nous grâce à la transmission orale. Cette chaîne faisait partie de l’accord conclu.

Cette transmission transgénérationnelle s’appuie, comme c’est souvent la coutume au Bénin, premièrement sur un ou plusieurs objets-reliques fortement représentatifs et symboliques des événements passés, la chaîne servant à attacher les esclaves dans ce cas précis. Ces objets sont placés dans des sanctuaires ou autels du culte local. Deuxièmement, la transmission orale repose aussi sur un support immatériel que l’on appelle panégyrique clanique.

De la petite et triste histoire, Hanssinon Gbëbo selon les dire de mon grand père, aurait été chanteur de la musique chinkoumè comme le dit son nom « HANSSINON » qui veut dire « chanteur » ou « griot » en langue Wémè du Bénin. Chasseur à l’arc, il devint surtout célèbre sous le patronyme de Hanssinon à cause, dit-on, de la qualité exceptionnelle de sa voix, qui était très appréciée dans le royaume de Djigbé et ses environs.

Esclavage, sujet toujours sensible, dont la mémoire est toujours bien conservée

L’histoire de sa capture vers la fin du XIXème siècle a été inscrite de façon indélébile dans la mémoire familiale grâce à cette chaîne et surtout à notre panégyrique clanique qui détient un récit laudatif des faits se rapportant à lui et dont nous ne pourrons ici développer toute la portée afin de préserver le pacte de paix des collectivités locales. Sachons simplement que les plaies laissées par l’esclavage sont encore bien vives dans beaucoup de familles béninoises.

On remarque que la tradition Vodoun confère un caractère sacré à cette chaîne qui retrace la mémoire de l’esclavage au sein du clan des Djigbé Sokonnou Agayitö du Bénin, d’où sa conservation fixe dans le couvent Vodoun qui est un haut lieu savoir endogène réservé aux initiés des pratiques ancestrales. Longue de 4 mètres environ, cette chaîne est posée au dessus de l’autel dressé à la divinité Tchango Xêfiosso, qui est la divinité clanique de peuple Djigbé Sokonnou Agayitö, originaire d’Oyo. Leur présence dans toute les communes du sud Bénin a été possible grâce à leur passé historique agité par les guerres de razzias introduites en Afrique par la traite négrière avide de main d’œuvre.

Aujourd’hui, le clan des Djigbé Sokonnou Agayitö compte à lui seul plus de 8 000 citoyens repartis dans tout le Bénin. On les distingue souvent par leur haute taille, leur robustesse, leur cicatrice raciale arquée sur chaque joue dans le sens de l’oreille, une voix assez autoritaire en cas de conflit, etc. Il s’agit d’un groupe ethnique comparable aux peulhs en matière de ténacité. A l’image du tonnerre, leur dieu protecteur, ils sont très combatifs et résistants.

Perspectives de recherches à partir de ce cas concret

La tradition orale ne nous permet pas de savoir toute la vie et l’œuvre de l’ancêtre Hanssinon Gbëbo après sa déportation en esclavage outre Atlantique. Cependant, notre groupe de recherche en Histoire et Culture au Bénin a pu constater que le nom Hanssinon réapparaît en 1848 en Martinique sous le patronyme Ancinon, juste après l’abolition de l’esclavage, quand les nouveaux libres ont été nommés à l’état civil. Hasard ou réelle résurgence ? S’agit-il d’un curieux concours de circonstances au cours de la fabrication des patronymes donnés aux affranchis au moment de l’abolition de l’esclavage ou faut-il y voir l’obstination d’un esclave décidé à récupérer son identité ? Nous laissons cette question en suspens.

La tradition orale et les objets rituels du souvenir constituent la matière première pour de nouvelles pistes de recherche pour des chercheurs internationaux qui voudraient mieux connaître le système de conservations de la mémoire de l’esclavage dans l’ancien Dahomey. La mémoire de l’esclavage demeure vive dans les couvents Vodoun au Bénin.

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Conseil des patriarches du clan des Djigbé Gbalinou Agayito présidé par Etienne SOTON

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Le roi de Sakété devenu esclave

Recherche sur un roi victime de l'esclavage
Collectivité royale ANIWAJOYE à Sakété

 

La collectivité royale ANIWDJOYE de Sakété recherche dans le monde la trace de son aïeul, ADELOU BIODJO, le 21ème roi de la dynastie royale OBA ALAKA GBANI IYAWO éyo, victime de la traite négrière transatlantique il y a deux siècles.

C’est à l’occasion d’un séminaire patrimonial tenu ce dimanche 21 Août 2016 dans la salle ancestrale « Ilé Awan Ayé » de ladite collectivité que BOURAÏMA Yêkini, chef de la collectivité ANIWADJOYE, expliqua que la déportation de son aïeul ADELOU BIODJO était survenue après avoir refusé aux occidentaux des pratiques de la traite sur son territoire.

chef de collectivité raconte la déportation de son ancêtre le roi de Sakété devenu esclave

Très âgé, le patriarche Yêkini affirme avoir lui-même entendu l’histoire de cette triste déportation de la bouche de son grand père, Feu BOURAÏMA, au cours d’une immolation de chèvre en sacrifice aux mânes des princesses et princes du royaume de Sakété partis en esclavage transatlantique juste après le renversement et la déportation du roi ADELOU BIODJO qui conduisirent le royaume au déclin et exposèrent toute la collectivité aux désastres causés par les razzias sur plusieurs années.

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En effet, le roi de Sakété devenu esclave et déporté a laissé derrière lui des enfants tels que ABEBOLA, ADECHIAN et plusieurs autres issus des femmes à savoir Olou Këmy, Oloula Tan, Atcholabi pour ne citer que les plus illustres. Des recherches antérieures entamées par le cercle de la famille ont permis de savoir que l’ancêtre ADELOU BIODJO a été embarqué sur les côtes de Ouidah pour ne plus revenir jusqu’à ce jour. D’après le président de la collectivité Toussain, toutes les générations de la collectivité sont appelées à se souvenir de ces faits compte tenu des pactes royaux qui relient la victime aux mânes des ancêtres, ces derniers pactes consistant à inhumer le roi dans l’intimité familiale s’il rejoignait l’au-delà à domicile, le moment venu. Bien sûr, cette déportation a empêché cette inhumation.

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Fondé au début du XIV siècle par l’aïeul OBA ALAKA, la dynastie royale ANIWADJOYE a connu plusieurs guerres avec des royaumes voisins à savoir les royaumes d’Oyo, d’Agbomè (Abomey) et celui d’Ilé-Ifè, tous à la recherche de captifs à échanger avec les négriers occidentaux contre des produits importés. L’histoire du passé de cette dynastie est très agitée du fait de sa situation géographique qui l’exposait aux attaques. En effet, le royaume de Sakété est encadré par le royaume d’Oyo, Ilé-Ifè, Porto-Novo, et Abomey. La dernière attaque contre Sakété a eu lieu en 1905, époque de l’administration coloniale française, et a coûté la vie à l’administrateur Cait (Nouveau regard sur la révolte de Sakété en 1905, par Dadjo Koôvi Michel Videglasem et Abiola Félix Iroko, in Cahiers d’études africaines, Année 1984, Volume 24, Numéro 93, pp. 51-70)

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Collectivité ANIWADJOYE

L’article « Le roi de Sakété devenu esclave », est l’occasion de rappeler que la mémoire de milliers de victimes de l’esclavage transatlantique est conservée par les familles béninoises. Chaque récit permet de resituer un contexte local de l’histoire de l’esclavage grâce au culte des ancêtres et à la tradition orale qui se sont perpétués jusqu’à nos jours.

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Festival des danses vodoun

Le festival des danses vodoun des couvents est désormais une réalité

Du 16 au 23 décembre 2015, les communes de la vallée de l’Ouémé vont vibrer aux rythmes des danses du couvent vodoun. Pendant une semaine, les adeptes et dignitaires de tous les cultes pratiqués dans les quatre communes de la vallée de l’Ouémé vont se regrouper autour des sujets « danses endogènes » et « histoire de l’aire culturelle et cultuelle Wémè ». Le festival des danses vodoun est une manifestation qui s’assigne pour mission la réactualisation des cultures endogènes malheureusement menacée de disparition et la médiation intergénérationnelle. C’est également un creuset de partage de savoir sur l’origine du vodoun, son évolution dans le temps et ses nombreux atouts pour l’histoire et la mémoire de l’esclavage en pays Wémè.

représentants du festival des danses vodoun

Une occasion unique d’en savoir plus sur le vodoun

D’après le coordonnateur du projet « route des royaumes de la vallée » et président du comité d’organisation du festival, M. Espoir WINSOU, ce festival des danses vodoun se veut être la seule opportunité pour les chercheurs, les anthropologues, les archéologues d’être en contact avec un grand nombre d’acteurs de la culture Wémè. Cette initiation vise à consolider les rapports entre les Jeunes et les Anciens et également de mettre en rapport ces derniers avec les chercheurs. En effet, plusieurs communications sont prévues pour être données autour du vodoun, les vestiges de l’esclavage découverts, qui témoigneront du caractère cosmopolite de cette région dotée d’un passé historique très agité.

représentants du festival des danses vodoun

Pour Dah-Ayïdji GBEHOUINNON, vice-président départemental de la communauté nationale du culte vodoun et vice-président du comité d’organisation du festival, ce sera une occasion unique pour mettre les pas et rythmes du couvent à la portée de la jeune génération à des fins de transmission et de conservation. « Sans rien désacraliser des rythmes des couvents du culte traditionnel, le festival des danses vodoun va permettre aux artistes de la musique traditionnelle du Bénin d’approfondir leur connaissance sur les rythmes et les percussions qui sont joués au sein de ces mêmes couvents vodoun » conclut M. GBEHOUINNON.

Quelques événements programmés au festival des danses vodoun

Au programme, le carnaval des fantômes « Zangbétö » et celui des adeptes des divinités vodoun pour la journée du 16 décembre 2015, discours d’ouverture du président du comité d’organisation et celui du maire de la commune d’accueil suivis des dignitaires, têtes couronnées et personnalités à divers niveaux.

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Il faut noter que des échanges sur l’origine des danses des divinités de Sakpata, d’Iritcha, de Ochango, de Dan et des Egoungoun sont également prévus au programme !

Ainsi lancé, ce festival va permettre à la communauté Wémè et aux touristes venant de diverses régions de consacrer leurs disponibilités de fin d’année à l’ambiance festive.

Joyeuse et excellente participation à tous !

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Poursuite des Travaux de Recherches et d’Enregistrement des Sources sur les Dahoméens en Esclavage

Dans le cadre des activités de sensibilisation des rois du Bénin sur les objectifs du projet PTRESDE les membres de l’ONG SYMBOLE DE L’AMITIE ont rencontré ce mercredi 22 juillet 2015 sa majesté RAFIU ADEBO ONIFADE ADEWADJOYE ANIWADE II, roi d’IFANGNI, commune située au sud-est du Bénin, et préfecture du département du Plateau. C’est dans la salle d’accueil du palais que Bernard DOSSA, président du Bureau exécutif de l’association des jeunes universitaires regroupés autours des objectifs culture et histoire du Bénin, a expliqué au conseil de la cour royale d’Ifangni la fondation du projet PTRESDE et ses attentes.
En effet, le projet PTRESDE se définit comme la Poursuite des Travaux de Recherches et d’Enregistrement des Sources (orales, archives, archéologiques, lieux de mémoire) sur les Dahoméens en Esclavage. Il s’agit d’un projet d’envergure nationale dont le coût global est estimé à environ 75 millions de francs CFA. Il a pour objectifs, d’une part le rassemblement et la sauvegarde des sources orales de l’histoire que chaque famille de l’ancien Dahomey (aujourd’hui Bénin) détient au sujet de leurs filles et fils victimes de l’esclavage transatlantique, et d’autre part, la réactualisation des panégyriques claniques qui reste une source indispensable à la mémoire de l’esclavage au Bénin.
Le président de l’ONG a souhaité que le projet PTRESDE soit ambitieux. Ses objectifs sont fixés pour 3 ans au minimum et prendront en charge toutes les 77 communes du Bénin. Le projet PTRESDE, à travers ses activités de collecte, de réactualisation et de sauvegarde, vise à transposer les sources orales par écrit, procédé qui semble être le meilleur moyen de préservation de l’histoire et de la mémoire des familles béninoises au sujet de l’esclavage au Dahomey.

A compter du mois d’août 2015, l’ONG Symbole de l’Amitié, à travers le projet PTRESDE, s’assigne la mission de poursuivre ses enquêtes sur les dahoméens victimes de l’esclavage afin de compléter la base de données déjà disponible sur notre site internet www.symbole-amitie.com à 20 000 noms au minimum. Pour le moment, seuls 6 565 noms y sont inscrits.

Après le Président de l’institution, c’est à moi, Célestine d’ALMEIDA, trésorière générale de l’ONG, d’expliquer à la cour royale d’Ifangni que l’exécution du projet PTRESDE permettra non seulement de rendre un nom, une identité, une histoire, presque un visage à des milliers de déportés, mais aussi d’établir un lien solide avec des noms antillais datant de l’abolition de l’esclavage transatlantique. Sa majesté RAFIU ADEBO ONIFADE ADEWADJOYE ANIWADE II m’a écouté respectueusement et il a bien compris que l’ONG Symbole de l’Amitié, à travers son savoir faire et ses expériences précédemment acquises, aura sur trois ans le devoir d’aller à la rencontre de la population âgée des villages, notamment des griots, des chefs de couvent et de cultes, des rois et les adeptes de la tradition vodoun etc. pour la collecte des quelques bribes de l’histoire qui reste à chaque famille dahoméenne victime de l’esclavage transatlantique. L’atteinte des objectifs fixés par la PTRESDE est un devoir de longue haleine dans des conditions d’hygiène et de confort difficile ; mais c’est aussi une occasion unique pour les étudiants des universités du Bénin, qui choisiront notre institut comme lieux de stage pendant la préparation de leur thèse de mémoire, d’être sur le terrain et de participer à la recherche avec les cadres du groupe. A la fin de mon allocution, j’ai profité de l’occasion pour expliquer à sa majesté RAFIU ADEBO ONIFADE ADEWADJOYE ANIWADE II, le rôle indispensable des pouvoirs locaux, à savoir les têtes couronnées, les chefs de cultes, les patriarches de familles et autres, dans la réalisation de ce projet.

Pour le roi d’Ifangni, sa majesté RAFIU ADEBO ONIFADE ADEWADJOYE ANIWADE II, le projet PTRESDE a des objectifs qu’il faut concrétiser à tout prix car il s’agit là de l’histoire et de la mémoire de l’esclavage pour laquelle aucun acteur de la traidtion, aucun responsable politique ou religieux n’a besoin de se faire prier. « Mon seul doute, est que chaque jour que Dieu fait, ces vieillards dont vous avez besoin pour bien faire votre travail meurent de même que les griots qui détiennent et peuvent vous fournir ces récits dont vous avez besoin. Pour ma part, le projet PTRESDE peut compter sur ma responsabilité très ouverte sans oublier celle de mon conseil royal pour l’exercice de ces activités sur le territoire d’Ifangni (Bénin) jusqu’à Ifangni-Têdo au Nigéria où sont installés une partie des miens à cause des atrocités de l’esclavage à l’époque. » a déclaré le roi d’Ifangni. Il a donc exhorté le président de l’ONG SYMBOLE DE L’AMITIE et son équipe à tout faire pour le rassemblement du budget à travers la demande des subventions de l’Etat et des partenaires privés qui reconnaîtront la portée humaine et scientifique de ce projet.

Démarré à 11 heures 19 minutes cette séance de sensibilisation de la cour royale d’Ifangni a pris fin à 16 heures 30 minutes.

La cour du roi d'Adjarra
La cour du roi d’Adjarra

Notons qu’après cette rencontre des membres de l’ONG SYMBOLE DE L’AMITIE avec la cour royale d’Ifangni, c’est à la cour royale d’Adjarra d’accueillir ce 01 Août 2015 la même tournée d’explication sur les objectifs du projet PTRESDE dans les palais royaux du Bénin. C’est avec beaucoup de bienveillance que le roi HOUETCHEHOUN KPOFFON d’Adjarra et sa cour royale ont accueilli l’équipe de sensibilisation de l’ONG SYMBOLE DE L’AMITIE venue pour les informer sur les objectifs du projet « Poursuite des Travaux de Recherches et d’Enregistrement des Sources sur les Dahoméens en Esclavage ».

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Cette séance de sensibilisation qui a lieu dans la salle polyvalente du palais royale d’Adjarra a connu la présence de plusieurs dignitaires dont ZOSSOKLUNON Togbokandji, KOUDOKPODE Adantoklunon Houdji, GOUDINWESSI Tchangossi et MIDINGBEDO A. Michel pour ne citer que ceux-là puis des ministres et gardes du roi tels que : KPINKPONSSOHOU Hounsouwé, KINVOEDO Gbenanto, AGBODAMAKOU Godonou, ALOWOUTADE Joseph, KOVOEYAN Michel et GBEMENOU François etc…
Désigné par le roi, Michel KOVOEYAN prenant la parole à aborder brièvement l’histoire de la fondation du royaume avant de finir par l’épisode de l’esclavage sur le territoire d’Adjarra.

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A entendre les uns et les autres, une maison dont les murs existent jusqu’à nos jours à Adjarra aurait servi de lieux de détention et d’échange des otages pour l’esclavage. (Voir la photo ci-dessous).

Cette maison en ruine située à Adjarra aurait servi de lieu de détention et d’échange durant l’esclavage
Cette maison en ruine située à Adjarra aurait servi de lieu de détention et d’échange durant l’esclavage

Fabrice OGATCHIN, le Directeur Exécutif de l’ONG, s’est réjoui du fait que tous les membres de la cour royale d’Adjarra ont accepté de coopérer à l’atteinte des objectifs fixés par le projet PTRESDE. Selon eux, l’ONG SYMBOLE DE L’AMITIE, à travers ce projet, cherche non seulement à identifier les Dahoméens partis en esclavage, mais aussi, vise à bâtir le pont entre les antillais et leurs ancêtres africains.

En tant que trésorière du groupe, je vous communique les coordonnées bancaires de notre ONG si vous souhaitez nous soutenir dans nos travaux. Tous vos dons sont importants, même les plus petits. Merci par avance.

IBAN : BJ067 01508 508100000819 84

BIC : COBB BJBJ

Titulaire : ONG Symbole de l’Amitié

Domiciliation : Banque UBA à Porto-Novo (Bénin)

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La Fête de Wémè

La date du 14 janvier 2015 est celle retenue pour la fête annuelle des populations de l’aire socio-culturelle de Wémè

C’est la commune des Aguégués, située au sud de la région, qui accueillera les manifestations.

Instituée en 2010, la fête annuelle de Wémè est synonyme de grandes retrouvailles et de réjouissances pour les filles et fils de la basse vallée de l’Ouémé. Prévue pour durer cinq jours à compter de ce 14 janvier 2015, les participants s’apprêtent à se rassembler autour de nombreuses activités artistiques et culturelles comme la danse des échassiers, le défilé des fantômes appelés Zangbétö ou encore le concert des groupes musicaux en tout genre. Des concours et des jeux sont organisés. Par exemple, le concours de natation sur le fleuve Ouémé oppose chaque année des concurrents où les trois premiers reçoivent des prix. Autre exemple, sur le plan artistique, les clubs de musique traditionnelle s’expriment et récoltent les soutiens, ce qui leur permet de faire connaître davantage leurs compositions.

Danse des échassiers (2014)
Danse des échassiers (2014)

Outre les populations des communes de la vallée, c’est à dire Adjohoun, Aguégués, Bonou et Dangbo, la fête de Wémè est l’occasion de voir arriver du monde entier la diaspora des Wémènou. Déjà, le 19 octobre dernier, le président Antoine BONOU et son Bureau d’organisation étaient aux Aguégués où ils ont lancé en présence des maires de ces différentes communes les travaux d’aménagement des lieux. C’est l’arrondissement d’Avagbodji dans la commune des Aguégués qui servira de cadre aux manifestations. Pour limiter les accidents et tout autre choc, les participants pourront se rendre sur les lieux sans prendre par les voies fluviales. L’année dernière, c’était la commune d’Adjohoun qui avait accueilli les filles et fils des quatre communes de la vallée de l’Ouémé pour cette fête.

En dehors de la forte mobilisation qui fait le succès de cette fête chaque année, de nombreux invités, en l’occurrence les représentants des hautes fonctions du Bénin, font honneur à cette manifestation par leur présence.

 

Le pagne de la fête de Wémè en 2014
Le pagne revêtu par les assistants de la fête de Wémè en 2014

Le pagne retenu pour l’ensemble des filles et fils et les amis de la vallée de l’Ouémé est déjà imprimé et sera mis en vente comme d’habitude dans l’ensemble du territoire national. D’après les organisateurs, le prix de vente unique du pagne devrait s’élever à 17.000 francs CFA et toute personne désireuse de faire un don ou une souscription volontaire peut se rapprocher de M. Antoine BONOU, président du Bureau d’Organisation, ou de sa vice-présidente, Mme Jeanne ADOUNSIBA.

La fête de Wémè participe au développement de la région

L’un des objectifs de la fête de Wémè est de collecter ces dons et souscriptions auprès des participants ou de toute personne désireuse d’apporter son soutien, et dont le Bureau d’organisation présente chaque année un rapport après la fête. Ainsi, les bénéfices sont utilisés pour des projets de construction de salles de classe pour les écoles de chaque commune ou pour des réalisations de projets médicaux ou hospitaliers dans les zones les plus déshéritées de la vallée de l’Ouémé.

En 2014, c’est l’école primaire publique d’Akpadanou dans Affamè commune de Bonou qui a bénéficié d’un joyau de trois salles de classe avec équipement.

En 2015, c’est le tour des Aguégués qui devraient jouir présentement de la construction d’une voie terrestre qui reliera l’arrondissement d’Avagbodji à la commune des Aguégués.

Apolitique et laïque, la fête des retrouvailles des filles et fils et amis de Wémè offrent des opportunités d’échanges conviviaux entre les enfants des quatre communes de la vallée.

 

La Fête de Wémè (2014)

Assistants de la fête de Wémè en 2014
Assistants de la fête de Wémè en 2014
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Un nouveau roi dans l’histoire du royaume de Ké

Royaume de Ké - 30.8.2014
Le roi Ké-Holou Agagnon III

 

Ké-Holou Agagnon III le 30 août 2014
Cérémonie d’intronisation au royaume de Ké

Le roi Ké-Holou Agagnon III ajoute son nom à l’histoire du royaume de Ké

Au Bénin, dans la vallée de l’Ouémé, le trône du royaume de Ké n’est plus vacant depuis le 30 août 2014.

Ké est l’un des plus célèbres royaumes du Dahomey. D’après les récits historiques des sages Kplökplö Dandjinou, feu Oké Gou Laminou et feu Agbadjoumon Fadëgnon, ce royaume a été fondé par le prince Ojulani qui endossa alors le nom de Ké-Holou Agagnon. Le prince Ojulani était chef de culte et redoutable guerrier. Pourchassé par les Adja, il avait du quitter sa région natale d’Ile-Ifé, et s’exiler à Kétou puis à Késonu (Kessounou), dans un fond comprenant les fontaines Sotonou, Aïdégbè et le bassin du fleuve Wogbo. Finalement, à la demande de son frère Kinkpa, Ojulani rejoignit la plateau de Ké tout proche et devint le roi Ké-Holou Agagnon qui signifie « Ké est mieux par rapport à Késonu »

Le règne de Ké-Holou Agagnon a ensuite connu plusieurs années de luttes contre les nomades Yoruba et Fons. Pour la sécurité de son royaume, il finit par autoriser l’occupation des terres situées à l’est de son royaume par un guerrier transhumant répondant au nom d’Ago-Gnihwouan. Après le déclin du royaume de Ké, ce dernier s’auto-proclama roi.

Au fil des ans, le royaume de Dangbo devint indépendant. Un peu avant 1783, un successeur du nouveau royaume mena des guerres sourdes vis-à-vis des descendants de Ké-Holou Agagnon et parvint à étendre sa domination sur cette dynastie. Le trône restera vacant jusqu’à ce 30 août 2014 où la succession de Ké-Holou Agagnon est devenue effective.

Pour cette grande occasion, plusieurs rois sont venus de différentes régions du Bénin et du Nigéria. De nombreux notables et dignitaires des sept dynasties de Wémè étaient également présents à cette manifestation.

La nécessité de sauvegarder la tradition

Cette intronisation est aussi l’occasion de parler de l’une des facettes importantes des récits historiques que nous avons recueillis auprès des sages. Il s’agit de la déportation du premier fondateur du royaume de Ké par les Anglais. Or, la coutume de Ké honore chaque année la mémoire des déportés par des offrandes.

Cette déportation marquante a-t-elle renforcé cette tradition qui veut garder fidèlement la mémoire de ses déportés ? D’une façon plus générale, quel poids les 4 siècles d’esclavage ont-ils eu sur le renforcement des techniques mémorielles de la tradition orale ? Car au Bénin, cette oralité est capable, encore aujourd’hui, de faire resurgir des noms d’esclaves et de nombreux détails relatifs à la traite des Africains.

En d’autres termes, la perpétuation de ce folklore, patiemment mis au point au fil des siècles par les aïeux, revient à conserver les valeurs, les repères, le fil historique et identitaire de chaque famille, le chemin vers les fiers ancêtres de chaque collectivité, quelle soit Fon, Adja, Ewé, Gen, Mina ou Yoruba puisque le Bénin se trouve être un carrefour ethnique et culturel.

Retranscrire l’oralité, afin de sauvegarder le contenu historico-culturel de la tradition, est une des priorités de notre ONG.

 

La tradition prévoit la protection ésotérique du roi contre le mauvais sort et l'occultisme
Gardes et conseillers ésotériques assurant la sécurité du roi

 

 

 

 

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Le chemin de peine des esclaves de Dangbo

Voici l’histoire de cet endroit insolite surnommé par les habitants « la rue de peine ». Nous l’avons apprise des sources traditionnelles que sont les contes, les chansons, les adages, ainsi que les lignes panégyriques datant des règnes de deux rois dont nous parlerons plus bas.

Cette « rue des peines » ou « chemin de peine des esclaves » n’est pas une formation naturelle. Ce passage été creusé en 1819 par l’homme à travers la roche. Auparavant, et depuis une époque reculée, les populations locales allaient s’approvisionner en eau potable au Nord-Ouest de Dangbo à plus d’un kilomètre du royaume de Ké et à moins 200 mètres du palais de Houéton, roi de Wémè. La fontaine surnommée Yëmiyë (aujourd’hui Sotö) était la véritable source qui satisfaisait les besoins en eau des royautés présentes sur le territoire de Ké.

Quant aux femmes de Dangbo, la cité du roi Ago-Mêdjê (1794-1835), elles avaient un seul itinéraire pour y accéder. Il s’agissait de la route qui partait de Djëkpa, un ancien centre d’échange de vivres, et qui passait devant la maison d’un certain Dobi, autrefois un grand sorcier, raconte l’histoire. Ce chemin est bordé à 30 mètres de-là par la grande forêt de la divinité Kpovi, laquelle est parsemée d’Iroko et habitée par des animaux sauvages qui apeuraient habituellement les usagers. A partir de cette forêt, une dense prairie s’empare des rebords de la voie qui débouche sur le palais du roi Houéton (1813-1828). Ensuite, tout le reste de la trajectoire suit une dépression géomorphologique assez forte et parsemée de débris de canaris (jarres) par endroits, et débouche finalement sur un bassin d’eau peu profond. (voir vidéo ci-dessous)

Voici le début des conflits ayant entraîné le roi Ago-Mêdjê à exploiter les esclaves pour la construction de cette rue escalier.

Il était une fois, dit l’histoire, une dame de la royauté d’Ago-Mêdjê revenant du marigot Yëmiyë posa le pied malencontreusement dans l’excrément d’un porc. Pour s’en débarrasser, elle se déchargea tout doucement de la jarre qu’elle avait sur la tête, prit un peu de son contenu et partit se laver le pied contre le mur du palais royal de Houéton qui était tout proche. Sans savoir que les gardes du roi Houéton la voyaient, elle dit à voix haute : « On dirait que les Wémènou, maîtres de ce palais, se nourrissent d’excréments porcins ». Le roi étant à la maison, les gardes partirent lui rapporter ce que venait de dire cette femme. Irrité, le roi Houéton ordonna qu’on lui ramena cette dame. Elle était géante comme les siens, tous au-dessus de la taille moyenne. Après s’être présentée au roi Houéton comme princesse venant du palais d’Ago-Mêdjê, elle n’a rien nié des faits pour lesquels l’autorité l’a interpellée. « va dire à ton père Ago-Mêdjê, lui répliqua le roi Houéton, que les habitants de mon palais se nourrissent des excréments porcins, mais les siens, des excréments bovins ». Avant, de la laisser, le roi Houéton, n’a pas omis de recommander à ses gardes de lui infliger quelques châtiments corporels. Une fois rentrée, cette princesse dont le nom n’a pas été retenu par la tradition, reporta les faits au roi Ago-Mêdjê. D’après le récit, elle avait été violentée et avait encore les meurtrissures de chicotes partout sur le corps.

Comme le décrivent les sources orales parvenues à notre époque, Ago-Mêdjê était un homme apparemment très grand, noir et si robuste que les siens le surnommaient Sogbovodoun c’est-à-dire sosie d’un dieu Oritcha. Mais malgré sa stature et les gages d’une armée très bien au point, Ago-Mêdjê ne put rien attenter contre Houéton protégé d’une part par les Anglais et de l’autre, par ses propres guerriers. A défaut de puiser l’eau de la Yëmiyë, les citoyens de Dangbo étaient alors obligés d’aller se servir au canal Blom ou à la rivière de Gnondötökpa appelée Mondötökpa de nos jours. C’est le point de départ des conflits entre Houéton et Ago-Mêdjê, le premier, onzième roi, dernier de dix générations de descendants des sept dynasties de Wémè, et le second, sixième au-dessus de la royauté d’Ago-Gnihwouan postérieure au royaume de Ké. Le canal Blom n’est distant que de 1,6 km de Dangbo. Mais alors que le Blom s’assèche chaque année, la fontaine Yëmiyë, elle, est intarissable.

Bassin du Sotö
Large et peu profond, le bassin est pratique pour ses utilisateurs

Les rois emprisonnaient les captifs de guerre qu’ils marchandaient aux Européens contre des armes. A Dangbo, le roi Ago-Mêdjê en était un des acteurs. Mais en attendant l’arrivée des Européens sur la lagune de Porto-Novo où ce commerce prospérait, le roi Ago-Mêdjê de Dangbo, condamnait ses captifs aux travaux forcés. La rivière Sotö et son palais étant séparés par deux kilomètres de reliefs rocheux, il a utilisé ses prisonniers pour aménager un chemin et creuser un passage long de plus de 150 mètres jusqu’au point d’approvisionnement. Une fois le percement réalisé, il n’avait plus qu’à obliger les futurs esclaves à franchir les marches glissantes de cette rue escarpée pour aller lui chercher de l’eau.

Un point d'eau stratégique
Une femme utilise l’eau du Sotö (anciennement la Yëmiyë)

 

 

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Symbole de l'amitié - MaraboutCulture et histoire

Le Panthéon de la résistance africaine a perdu son père

Deuil dans la grande famille royale du Bénin. Le roi Gbaguidi Tossö XIII ne vit plus.

Selon les membres endeuillés de la cour royale du roi Gbaguidi Tossö XIII, « son décès est survenu dans la soirée du jeudi 18 septembre 2014 à la suite d’une crise d’asthme ». Intronisé en 2006 pour être l’ultime successeur d’une grande lignée sur le trône du premier roi et fondateur de Savalou, Soha Gbaguidi Ier, Dada Gbaguidi Tossö XIII aura passé huit ans à préserver la culture et la tradition des communautés Fon et Mahi de cette ville royale. Le monarque défunt avait fait du développement de Savalou son devoir personnel.

De ses réalisations pour la culture et l’histoire, on peut mettre à son compte le « panthéon de la résistance africaine » qui est un monument érigé en mémoire des déportés africains du continent tout entier, car le roi était également un pan-africaniste convaincu. Son panthéon de la résistance africaine est un site touristique inauguré le 13 août 2014 et dédié à la mémoire des esclaves africains. Savalou est en effet l’une des villes du Dahomey dont la population a été particulièrement affectée par l’esclavage.

Le reportage de l’ORTB ci-dessous, consacré à l’inauguration du panthéon, peut être considéré aujourd’hui comme un hommage à ce défunt roi.

http://www.youtube.com/watch?v=u7PxgRMOyjU

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Le panégyrique clanique comme source historique sur l’esclavage au Bénin

Au Bénin, les panégyriques claniques ou litanies de famille sont un développement oral du patronyme.

D’après les traditions Wémè, le panégyrique clanique rend compte de l’histoire des communautés. Il rend hommage aux personnes ressources de la tradition c’est-à-dire les patriarches et surtout les pères fondateurs de chaque communauté sans oublier les chefs de clans et des grandes collectivités. Dans certaines familles, le panégyrique clanique est réactualisé tous les six mois par les grand-tantes de famille encore appelées « reines-mères ». Autrefois, ce rôle incombait aussi aux griots mais la société change rapidement et cette tradition se perdrait si les reines-mères ne la perpétuaient pas. Ce sont donc des femmes de plus de 40 ans, membres et résidentes permanentes de leurs maisons natales qui suivent et veillent aux divers rituels propres à leurs familles. Le plus souvent, celle-ci sont désignées et couronnées par l’oracle (prêtre géomancien) sur l’ordre du chef de la collectivité ou de la grande famille.

La litanie de famille est également un facteur d’évaluation des événements ayant lieu pendant et après le règne de chaque membre ainsi désigné par l’oracle et couronné par la tradition pour être le premier responsable de la communauté. C’est la bibliographie des ancêtres et de leurs politiques de gestion des ressources qu’elle soit humaine, matérielle, naturelles et surnaturelles. Le panégyrique clanique a pour système de contrôle l’ensemble des tabous et interdits propres à une communauté dont la transgression engendre des châtiments surnaturels. En dehors des chants, des récits et des contes qui sont célébrés au clair de la lune, autour du feu, le panégyrique clanique jusqu’à cette heure-ci reste une ressource classique de l’histoire de plusieurs communautés du Bénin. Elle regroupe l’histoire de vie des aïeux, des moments de célébrité et de déclin des royaumes, les affrontements et les noms et détails de vie de leurs progénitures victimes de l’esclavage. Malgré la dispersion des communautés par des guerres ou par la rapide croissance de l’arbre généalogique, sans oublier les autres conditions d’exil, les émigrés conservent leur panégyrique clanique d’origine auquel ils rajoutent leur nouvelle histoire de vie. Dans certaines communautés, le panégyrique clanique est enseigné aux petits enfants pour leur permettre de se souvenir de leurs identités socioculturelles, ethniques, cultuelles, etc.

Abiola Félix IROKO, historien et professeur au département d’histoire et d’archéologie de l’Université d’Abomey-Calavi (Bénin) avec qui notre groupe d’étudiants collabore (voir photo ci-dessus), a consacré aux panégyriques béninois une étude approfondie intitulée « Une littérature orale : le panégyrique clanique du souvenir » dans la revue Notre librairie, Littérature béninoise n° 124, Oct-déc 1995 pp 47-55.

Félix IROKO y définit le contenu du panégyrique clanique comme « riche d’enseignements de toutes sortes. Mieux que des registres paroissiaux ou n’importe quelle pièce d’identité civile, ils nous situent les collectivités humaines dans le temps, l’espace, le groupe au sein duquel elles vivent ; toute une philosophie de la vie sous-tend les panégyriques claniques. (…) Les panégyriques claniques du souvenir sont une littérature orale avec des règles précises ».

Partant de là, tout le travail de collecte de noms à partir des litanies mené par nos étudiants depuis septembre 2013 aura été de repérer et retranscrire les informations concernant les personnes déportées au cours des récits, chants, contes ou adages que les personnes ressources ont bien voulu partager. Le panégyrique est notre principale source d’acquisition des noms des Dahoméens déportés en esclavage et dont le résultat est consultable en ligne sur notre site.

Discussion autour du panégyrique clanique
Discussion autour du panégyrique clanique

https://symbole-amitie.com/database/rechercher-les-racines-en-esclavage/

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Le devoir de mémoire pour nos déportés

La conservation des valeurs endogènes et le souvenir de nos déportés

Ce samedi 13 septembre 2014, a eu lieu le traditionnel rassemblement pour le rituel à la divinité Ahouangou de Wémè, les rois des différents royaumes de Wémé se sont retrouvés et ont prié pour le bien être des filles et fils du Bénin. D’après Dah Allodé, président du conseil des sages du royaume de Wémè, la divinité Ahouangou, à l’origine dieu de fer vénéré avant les guerres, est honorée chaque année dans la tradition Wémè pour éviter aux filles et fils des accidents. Le Pasteur Paul HOUNSA, a rappelé que les prières et sacrifices faits en l’honneur de la divinité Ahouangou n’ont rien d’occulte et il exhorte les uns et les autres à venir y participer sans crainte. Cette fois, c’est la ville de Dangbo, plus précisément le palais royal de Ké, qui a servi de cadre aux manifestations.

A cette occasion, le roi de Ké, Ké-Holou Agagnon 3, le roi central de Wémè (Signon), le roi Kpoto Zounmè de Porto-Novo, les patriarches Da Allodé et Dah Adodé, et au total plus de 200 personnes, femmes et hommes, filles et garçons, religieux comme animistes, ainsi que tous les membres des dynasties royales des différents royaumes de Wémè à savoir Wémè, Ké, Dangbo, Djigbé, Adjohoun, Yokon et Gbékandji, sans compter les autorités, en ont profité pour commémorer comme chaque année les ancêtres déportés en esclavage.

Notre groupe y était représenté. Nous avons pu nous exprimer et mettre en avant les objectifs communs que sont la conservation des valeurs endogènes (projet de musée dans la vallée) et le souvenir des Dahoméens vendus comme esclaves (mise en ligne du site internet, facilitation de nos enquêtes de terrain, sensibilisation de l’opinion publique sur le devoir de mémoire, etc.)

Nous espérons ainsi faire écho au très beau travail qui a été réalisé depuis peu en France sous l’impulsion du CM98 (Comité de Marche du 23 mai) avec l’inauguration de deux stèles à Sarcelles et à Saint-Denis, sur lesquelles figurent les noms et matricules de plusieurs centaines d’esclaves Africains affranchis en Guadeloupe et en Martinique en 1848.

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