Symbole de l'amitié - Forêt tropicaleCulture et histoire

Le chemin de peine des esclaves de Dangbo

Voici l’histoire de cet endroit insolite surnommé par les habitants « la rue de peine ». Nous l’avons apprise des sources traditionnelles que sont les contes, les chansons, les adages, ainsi que les lignes panégyriques datant des règnes de deux rois dont nous parlerons plus bas.

Cette « rue des peines » ou « chemin de peine des esclaves » n’est pas une formation naturelle. Ce passage été creusé en 1819 par l’homme à travers la roche. Auparavant, et depuis une époque reculée, les populations locales allaient s’approvisionner en eau potable au Nord-Ouest de Dangbo à plus d’un kilomètre du royaume de Ké et à moins 200 mètres du palais de Houéton, roi de Wémè. La fontaine surnommée Yëmiyë (aujourd’hui Sotö) était la véritable source qui satisfaisait les besoins en eau des royautés présentes sur le territoire de Ké.

Quant aux femmes de Dangbo, la cité du roi Ago-Mêdjê (1794-1835), elles avaient un seul itinéraire pour y accéder. Il s’agissait de la route qui partait de Djëkpa, un ancien centre d’échange de vivres, et qui passait devant la maison d’un certain Dobi, autrefois un grand sorcier, raconte l’histoire. Ce chemin est bordé à 30 mètres de-là par la grande forêt de la divinité Kpovi, laquelle est parsemée d’Iroko et habitée par des animaux sauvages qui apeuraient habituellement les usagers. A partir de cette forêt, une dense prairie s’empare des rebords de la voie qui débouche sur le palais du roi Houéton (1813-1828). Ensuite, tout le reste de la trajectoire suit une dépression géomorphologique assez forte et parsemée de débris de canaris (jarres) par endroits, et débouche finalement sur un bassin d’eau peu profond. (voir vidéo ci-dessous)

Voici le début des conflits ayant entraîné le roi Ago-Mêdjê à exploiter les esclaves pour la construction de cette rue escalier.

Il était une fois, dit l’histoire, une dame de la royauté d’Ago-Mêdjê revenant du marigot Yëmiyë posa le pied malencontreusement dans l’excrément d’un porc. Pour s’en débarrasser, elle se déchargea tout doucement de la jarre qu’elle avait sur la tête, prit un peu de son contenu et partit se laver le pied contre le mur du palais royal de Houéton qui était tout proche. Sans savoir que les gardes du roi Houéton la voyaient, elle dit à voix haute : « On dirait que les Wémènou, maîtres de ce palais, se nourrissent d’excréments porcins ». Le roi étant à la maison, les gardes partirent lui rapporter ce que venait de dire cette femme. Irrité, le roi Houéton ordonna qu’on lui ramena cette dame. Elle était géante comme les siens, tous au-dessus de la taille moyenne. Après s’être présentée au roi Houéton comme princesse venant du palais d’Ago-Mêdjê, elle n’a rien nié des faits pour lesquels l’autorité l’a interpellée. « va dire à ton père Ago-Mêdjê, lui répliqua le roi Houéton, que les habitants de mon palais se nourrissent des excréments porcins, mais les siens, des excréments bovins ». Avant, de la laisser, le roi Houéton, n’a pas omis de recommander à ses gardes de lui infliger quelques châtiments corporels. Une fois rentrée, cette princesse dont le nom n’a pas été retenu par la tradition, reporta les faits au roi Ago-Mêdjê. D’après le récit, elle avait été violentée et avait encore les meurtrissures de chicotes partout sur le corps.

Comme le décrivent les sources orales parvenues à notre époque, Ago-Mêdjê était un homme apparemment très grand, noir et si robuste que les siens le surnommaient Sogbovodoun c’est-à-dire sosie d’un dieu Oritcha. Mais malgré sa stature et les gages d’une armée très bien au point, Ago-Mêdjê ne put rien attenter contre Houéton protégé d’une part par les Anglais et de l’autre, par ses propres guerriers. A défaut de puiser l’eau de la Yëmiyë, les citoyens de Dangbo étaient alors obligés d’aller se servir au canal Blom ou à la rivière de Gnondötökpa appelée Mondötökpa de nos jours. C’est le point de départ des conflits entre Houéton et Ago-Mêdjê, le premier, onzième roi, dernier de dix générations de descendants des sept dynasties de Wémè, et le second, sixième au-dessus de la royauté d’Ago-Gnihwouan postérieure au royaume de Ké. Le canal Blom n’est distant que de 1,6 km de Dangbo. Mais alors que le Blom s’assèche chaque année, la fontaine Yëmiyë, elle, est intarissable.

Bassin du Sotö
Large et peu profond, le bassin est pratique pour ses utilisateurs

Les rois emprisonnaient les captifs de guerre qu’ils marchandaient aux Européens contre des armes. A Dangbo, le roi Ago-Mêdjê en était un des acteurs. Mais en attendant l’arrivée des Européens sur la lagune de Porto-Novo où ce commerce prospérait, le roi Ago-Mêdjê de Dangbo, condamnait ses captifs aux travaux forcés. La rivière Sotö et son palais étant séparés par deux kilomètres de reliefs rocheux, il a utilisé ses prisonniers pour aménager un chemin et creuser un passage long de plus de 150 mètres jusqu’au point d’approvisionnement. Une fois le percement réalisé, il n’avait plus qu’à obliger les futurs esclaves à franchir les marches glissantes de cette rue escarpée pour aller lui chercher de l’eau.

Un point d'eau stratégique
Une femme utilise l’eau du Sotö (anciennement la Yëmiyë)

 

 

SUITE
Symbole de l'amitié - MaraboutCulture et histoire

Le Panthéon de la résistance africaine a perdu son père

Deuil dans la grande famille royale du Bénin. Le roi Gbaguidi Tossö XIII ne vit plus.

Selon les membres endeuillés de la cour royale du roi Gbaguidi Tossö XIII, « son décès est survenu dans la soirée du jeudi 18 septembre 2014 à la suite d’une crise d’asthme ». Intronisé en 2006 pour être l’ultime successeur d’une grande lignée sur le trône du premier roi et fondateur de Savalou, Soha Gbaguidi Ier, Dada Gbaguidi Tossö XIII aura passé huit ans à préserver la culture et la tradition des communautés Fon et Mahi de cette ville royale. Le monarque défunt avait fait du développement de Savalou son devoir personnel.

De ses réalisations pour la culture et l’histoire, on peut mettre à son compte le « panthéon de la résistance africaine » qui est un monument érigé en mémoire des déportés africains du continent tout entier, car le roi était également un pan-africaniste convaincu. Son panthéon de la résistance africaine est un site touristique inauguré le 13 août 2014 et dédié à la mémoire des esclaves africains. Savalou est en effet l’une des villes du Dahomey dont la population a été particulièrement affectée par l’esclavage.

Le reportage de l’ORTB ci-dessous, consacré à l’inauguration du panthéon, peut être considéré aujourd’hui comme un hommage à ce défunt roi.

http://www.youtube.com/watch?v=u7PxgRMOyjU

SUITE
Symbole de l'amitié - Nouveau Port BéninCulture et histoire

Le panégyrique clanique comme source historique sur l’esclavage au Bénin

Au Bénin, les panégyriques claniques ou litanies de famille sont un développement oral du patronyme.

D’après les traditions Wémè, le panégyrique clanique rend compte de l’histoire des communautés. Il rend hommage aux personnes ressources de la tradition c’est-à-dire les patriarches et surtout les pères fondateurs de chaque communauté sans oublier les chefs de clans et des grandes collectivités. Dans certaines familles, le panégyrique clanique est réactualisé tous les six mois par les grand-tantes de famille encore appelées « reines-mères ». Autrefois, ce rôle incombait aussi aux griots mais la société change rapidement et cette tradition se perdrait si les reines-mères ne la perpétuaient pas. Ce sont donc des femmes de plus de 40 ans, membres et résidentes permanentes de leurs maisons natales qui suivent et veillent aux divers rituels propres à leurs familles. Le plus souvent, celle-ci sont désignées et couronnées par l’oracle (prêtre géomancien) sur l’ordre du chef de la collectivité ou de la grande famille.

La litanie de famille est également un facteur d’évaluation des événements ayant lieu pendant et après le règne de chaque membre ainsi désigné par l’oracle et couronné par la tradition pour être le premier responsable de la communauté. C’est la bibliographie des ancêtres et de leurs politiques de gestion des ressources qu’elle soit humaine, matérielle, naturelles et surnaturelles. Le panégyrique clanique a pour système de contrôle l’ensemble des tabous et interdits propres à une communauté dont la transgression engendre des châtiments surnaturels. En dehors des chants, des récits et des contes qui sont célébrés au clair de la lune, autour du feu, le panégyrique clanique jusqu’à cette heure-ci reste une ressource classique de l’histoire de plusieurs communautés du Bénin. Elle regroupe l’histoire de vie des aïeux, des moments de célébrité et de déclin des royaumes, les affrontements et les noms et détails de vie de leurs progénitures victimes de l’esclavage. Malgré la dispersion des communautés par des guerres ou par la rapide croissance de l’arbre généalogique, sans oublier les autres conditions d’exil, les émigrés conservent leur panégyrique clanique d’origine auquel ils rajoutent leur nouvelle histoire de vie. Dans certaines communautés, le panégyrique clanique est enseigné aux petits enfants pour leur permettre de se souvenir de leurs identités socioculturelles, ethniques, cultuelles, etc.

Abiola Félix IROKO, historien et professeur au département d’histoire et d’archéologie de l’Université d’Abomey-Calavi (Bénin) avec qui notre groupe d’étudiants collabore (voir photo ci-dessus), a consacré aux panégyriques béninois une étude approfondie intitulée « Une littérature orale : le panégyrique clanique du souvenir » dans la revue Notre librairie, Littérature béninoise n° 124, Oct-déc 1995 pp 47-55.

Félix IROKO y définit le contenu du panégyrique clanique comme « riche d’enseignements de toutes sortes. Mieux que des registres paroissiaux ou n’importe quelle pièce d’identité civile, ils nous situent les collectivités humaines dans le temps, l’espace, le groupe au sein duquel elles vivent ; toute une philosophie de la vie sous-tend les panégyriques claniques. (…) Les panégyriques claniques du souvenir sont une littérature orale avec des règles précises ».

Partant de là, tout le travail de collecte de noms à partir des litanies mené par nos étudiants depuis septembre 2013 aura été de repérer et retranscrire les informations concernant les personnes déportées au cours des récits, chants, contes ou adages que les personnes ressources ont bien voulu partager. Le panégyrique est notre principale source d’acquisition des noms des Dahoméens déportés en esclavage et dont le résultat est consultable en ligne sur notre site.

Discussion autour du panégyrique clanique
Discussion autour du panégyrique clanique

https://symbole-amitie.com/database/rechercher-les-racines-en-esclavage/

SUITE
Symbole de l'amitié - ArbreNouveauté

Festival ORO en République du Bénin

Les populations du Plateau vibrent aux rythmes de cette manifestation cultuelle consacrée à l’une des divinités les plus mythiques du Bénin. Même si on considère que ces divinités procèdent à la purification de la citée, ORO sème la terreur et reste un punisseur intransigeant.
Il n’admet pas les non-initiés sur son chemin.
A l’occasion du lancement les femmes sont autorisées à sortir.
Une fois cette étape passée, elles restent enfermer au moins soixante douze heures et parfois pendant dix-sept jours durant.
Toutes les femmes curieuses se font disparaître. C’est la preuve que le ORO sème la terreur et oblige ainsi les femmes à bien se comporter au foyer.
Il faut rappeler que les non-initiés ne doivent point sortir eux-aussi la nuit des manifestations.
SUITE
error: Protection de copie